Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre Rive Gauche

En attendant la publication des photos et vidéos sur le site du Retour à la Terre, voici le texte que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration officielle du magasin de la Rive Gauche le 18 janvier.

Catherine est inquiète parce qu’elle ne sait pas ce que je veux vous dire ce soir…

Elle me connaît pourtant bien puisque cela fait plus de trente ans que nous vivons ensemble !

Nous avons la chance d’avoir étudié dans une grande école (l’École Centrale) où nous nous sommes rencontrés mais avons toujours eu du mal à nous intégrer au monde des grandes entreprises.

Je l’ai devancé en devenant consultant indépendant il y a bientôt quatorze ans.

Lorsqu’elle a souhaité à son tour quitter Renault il y a quatre ans, nous avions un peu d’économies, pas beaucoup parce que l’argent n’a jamais été notre objectif principal mais suffisamment pour acheter par exemple un petit deux pièces dans le quartier où nous habitons.

Nous avons décidé d’utiliser ce petit pécule pour qu’elle puisse mener à bien un projet qui lui tenait à cœur et quatre ans plus tard sommes réunis ici pour inaugurer son deuxième magasin.

Le succès est donc au rendez vous.

Quarante emplois directs (et au moins la moitié d’emplois indirects) ont été crées et des dizaines de milliers de clients ont été sensibilisés aux problèmes environnementaux et ont mangé bio et d’une manière plus responsable.

Je suis très fier de Catherine pour ce succès.

Je suis également heureux de voir qu’elle s’est épanouie professionnellement pendant ces quatre années comme jamais auparavant.

Je le suis un peu moins de la voir fatiguée comme elle ne l’a jamais été.

Quand on rentre dans un des deux magasins du Retour à la Terre, ce que l’on voit peut sembler facile et tomber sous le sens.

Je vis aux côtés de Catherine et je peux vous dire que créer ce cercle vertueux est au contraire un combat de tous les instants :

  • Un combat contre les concurrents de la grande distribution et d’autres commerces spécialisés qui n’ont pas les mêmes exigences.
  • Un combat contre les fournisseurs quand ils glissent dans leurs catalogues des produits certifiés AB mais contenant des arômes non bio, sur-emballés, pleins d’huile de palme, ou importés de l’autre bout de la planète alors qu’ils poussent chez nous.
  • Un combat contre les clients qu’il faut éduquer et à qui il faut expliquer pourquoi ils ne trouveront chez nous ni tomates, ni litchis ni foie gras pour leurs réveillons.
  • Un combat au sein de la coopérative Biocoop pour essayer de maintenir une ligne aussi droite que possible.
  • Et parfois même un combat au sein de l’équipe qu’il faut convaincre que le magasin doit être impeccablement tenu, qu’il vaut mieux faire 40 commandes à 40 petits producteurs qu’une seule commande à un industriel et parfois même pourquoi travailler plus pour gagner plus n’est pas une bonne idée et pourquoi seule Catherine et dans une moindre mesure nos deux directeurs de magasin peuvent faire des heures supplémentaires au Retour à la Terre.

Je sais que ce type de combat est chose courante pour beaucoup de nos invités.

Insecticides, plastiques, déchets, cancers, OGM, brevets sur le vivant, grande distribution, industrie de la viande, villes en transition, paysans sans terre, nucléaire, gaz de schiste, … au cours des débats organisés par Catherine, je me suis souvent senti dérouté et découragé par la diversité de ces luttes.

Il y a pourtant une constante : le refus de la marchandisation des biens communs de l’humanité.

Prenons par exemple le problème de l’eau, particulièrement éloquent parce qu’il représente un combat que beaucoup considèrent comme déjà perdu.

L’eau est essentielle à la vie, elle recouvre 72% de notre planète et notre corps est composé d’eau à 65%.

Pourtant, vous souvenez vous quand vous avez bu pour la dernière fois de l’eau qui ne soit pas « produite » par une des multinationales qui se sont emparé de son « marché » ou par une des rares compagnies des eaux qui soit publique ?

Pour moi, c’était en juillet dernier, en randonnée avec notre fils Samuel à plus de 2000m d’altitude dans les Alpes.

Et même dans un endroit aussi préservé, il nous a fallu filtrer l’eau des torrents de montagne dans un filtre en céramique, merveille de haute technologie suisse, pour la boire sans risque.

Cet accaparement de l’eau, des semences, de la nourriture, des terres, du sous sol, des idées, des déchets, de l’énergie, des logiciels, des données privées, de l’argent, … et même du « droit à polluer » par quelques privilégiés qui contrôlent une poignée de multinationales est intolérable sur le plan des principes, mais aujourd’hui il ne s’agit plus ce cela.

Le problème est pourtant simple.

Nous sommes 7 milliards sur une planète aux ressources finies qui ne peut nourrir sa population de manière durable que si ses ressources sont exploitées de manière raisonnable et distribuées avec un minimum d’équité et c’est précisément de cela dont il s’agit pour chacun de ces combats.

Combattre les dérives actuelles sous toutes leurs formes n’est plus seulement une question de principes mais une question de survie pour nous et pour notre civilisation !

Merci à tout ceux qui mènent cette lute essentielle à leur manière et sur tous les fronts.

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