Je suis allé voir hier soir une conférence-débat où Guillaume Duval présentait son livre intitulé « le libéralisme n’a pas d’avenir ».
C’est un livre que j’avais commencé à feuilleter et dont la thèse est que le libéralisme porte en lui même les raisons d’un échec certain pour plusieurs raisons :
- Pour se développer, le libéralisme (que Duval qualifie de « système marchand ») a besoin d’une infrastructure généralement étatique (le système « non-marchand »). Le libéralisme ne peut donc émerger et se maintenir que sur les bases d’un système non libéral.
- Le marché pousse les entreprises à se concentrer (Duval explique chiffre à l’appui que la concurrence est source de coûts) et cette logique tend à créer de nouveaux monopoles qui sont contraires aux principes même du libéralisme.
La thèse est intéressante et crédible. Guillaume Duval est un orateur convaincant qui a le don de trouver des chiffres qui parlent et de relier ses thèses à des évènements d’actualité connus de tous. En revanche, j’ai trouvé le débat moins réussi : Duval semblait souvent replonger dans les démonstrations de son livre plutôt que de chercher à réellement comprendre les questions.
Je suis loin d’être un spécialiste de la question, mais je me demande si la principale raison pour laquelle le libéralisme n’a peut être pas l’avenir que certains lui prédisent n’est pas plutôt que ses principaux promoteurs semblent avoir cessé d’y croire et de l’appliquer (si tant est qu’ils l’aient réellement appliqué).
L’administration Bush semble sous bien des angles la moins libérale que l’on ait vu aux Etats-Unis depuis bien longtemps. On l’a vu lors de la crise de l’acier et on voit aujourd’hui les tentations protectionnistes pour protéger l’industrie du logiciel contre l’externalisation. De plus, les budgets de la défense (actuels) et de la recherche spatiale (annoncés) constituent un développement notable du « non-marchand » et la banque centrale des Etats-Unis semble plus soucieuse de la santé financière des entreprises américaines que du respect des règles du marché international.
Au point que l’on peut se demander si la « vieille Europe » n’est pas la seule à jouer un peu naïvement la carte du libéralisme dogmatique pur et dur, au risque de marquer contre son camp!