La musique qui marche au pas

La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas

Georges Brassens, La mauvaise réputation

Je suis -faut il le préciser?- atterré par l’attentat contre Charlie Hebdo et profondément attaché à la liberté d’expression et à la république mais je ne participerai pas à la “marche républicaine” du 11 janvier.

La perspective de défiler derrière Sarkozy, Valls, Hollande, Merkel, Cameron, Juncker ou encore Davutoğlu pour ne nommer qu’eux n’a rien de réjouissant mais en tirer prétexte pour ne pas manifester serait puéril.

Par contre je trouve insupportable la manière dont nos dirigeants ont commencé à récupérer l’élan populaire pour justifier des initiatives qui vont à l’encontre même de la liberté d’expression qu’elles sont sensées défendre.

On notera par exemple l’ironie involontaire de Fillon qui ne craint pas d’affirmer qu’ “il ne doit y avoir aucune voix discordante“, montrant une curieuse conception de la liberté d’expression.

Plus sérieusement, le risque d’un Patriot Act à la française est bien réel et nous devons refuser de cautionner cela.

Le gouvernement avait anticipé en faisant passer sa loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme qui limite la liberté d’expression sur internet puisqu’elle permet à la police de faire bloquer l’accès aux sites internet faisant l'”apologie du terrorisme” sans aucun contrôle judiciaire.

Fort de cette unité nationale notre gouvernement va vouloir renforcer ces mesures et pourquoi pas envoyer quelques drones au Yémen.

Ce qui me frappe dans l’itinéraire des frères Kouachi et Coulibaly c’est que leur endoctrinement a débuté au cœur de nos cités et s’est consolidé dans nos prisons.

Plutôt que de restreindre la liberté sur Internet et de bloquer un peu plus nos frontières, ne faudrait il pas nous pencher sur la facette franco-française de ces itinéraires et chercher à résoudre les problèmes de nos cités et de notre système pénitentiaire?

A l’image des camps dans lesquels sont nés l’EI  nos prisons semblent être devenues le meilleur camp de formation au terrorisme, n’est il pas plus urgent de changer cela que de détruire les camps yéménites?

Je crois que je ne fais malheureusement plus suffisamment confiance à nos dirigeants pour défiler avec eux!

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Enfin réunis

Il n’est pas toujours facile de choisir ses combats et encore moins d’en mener plusieurs de front mais je suis toujours aussi surpris de voir par exemple les militants anti-OGM utiliser des logiciels ou services propriétaires ou des activistes des logiciels libres ne pas manger bio.

On voit parfois, au mieux, des militants inviter poliment des activistes d’une autre cause mais cela dépasse rarement le temps d’un discours.

Cet après midi au contraire, le rassemblement anti-TAFTA devant l’ambassade de la République Islamique d’Iran (proche de l’hôtel Shangri-La dans lequel le commissaire au commerce de l’Union Européenne Karel De Gucht rencontrait les lobbys industriels et financiers) a été l’occasion de voir réunis pour un même combat des associations telles que :

Espérons que ce projet de traité permettra de rassembler et faire converger ces lutes qui ont tant de points communs!

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Encerclés

Notre verger bio et Nature & Progrès fait figure d’îlot de résistance au milieu des cultures “conventionnelles”.

Ce champ a été traité avec un herbicide. Notre verger fait figure d'îlot de verdure.

Un ami m’envoie, sous le titre “tristes news pour la planète” les liens sur deux articles du Monde:

Ces articles font écho au triste état des parcelles de culture dite “conventionnelle” qui entourent notre verger.

Cette année l’hiver a été anormalement clément, le printemps est en avance, les prés sont verts et les arbres en fleurs.

Le contraste est d’autant plus criant entre notre verger bio et ces champs auxquels l’herbicide a donné une teinte orangée. Ces champs ont été laissés nus tout l’hiver – ce qui est une cause bien connue de dégradation des sols – et gorgés d’herbicide au printemps pour tuer tout reste de vie en attendant sans doute un semi de maïs qui ne saurait tarder.

Comme beaucoup de fermes bio, notre verger semble être un îlot de vie au milieu d’une nature dévastée.

Comme Emmanuel Giboulot, le “viticulteur coupable d’avoir dit non aux pesticides” nous refusons tout traitement dans notre verger, préférant recréer un équilibre naturel plutôt que de combattre les déséquilibres avec des produits “miracles”.

Et comme beaucoup d’apiculteurs nous subissions de plein fouet le déclin des abeilles qui dépasse pour nous largement la moyenne de 27,7% observée en France et mentionnée dans l’article du Monde, mais comment pourrait il en être autrement dans ce désert agricole?

Nous entendons parfois les détracteurs du bio dire que le véritable bio n’existe pas et on peut être tenté de leur donner raison en voyant ces photos.

Comme Emmanuel Giboulot, les agriculteurs bio font de leur mieux pour résister. Nos haies semblent de bien faibles protections mais toutes les mesures montrent que le taux de pesticides demeure très faible dans les produits bio.

Ne rendons pas leur résistance encore plus difficile en les obligeant à la désobéissance civile!

 

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Objets connectés

Il ne vous a certainement pas échappé que Google s’intéresse aux objets connectés, en vrac :

La lecture de ces articles peut laisser penser que ces objets connectés, contrôlés par Google ou un autre géant du même type vont fatalement rentrer chez nous.

Pourtant, même s’ils arrivent chez nous livrés par les drones d’Amazon, ce sera le résultat de notre choix.

Il est trop facile de nous lamenter de la puissance de Google (vous pouvez remplacer ici Google par Amazon, Microsoft, Apple, Facebook, Carrefour, Intermarché, Leclerc, Casino ou votre bête noire préférée) en oubliant que nous avons le choix et que c’est nous qui faisons la puissance de ces marques.

Libre à nous d’utiliser (ou de ne pas utiliser) le moteur de recherche Google, gmail, Google+, Adsense et Google analytics sur nos sites, Google Maps pour nous déplacer, Google Drive pour partager nos documents, Android et son écosystème sur nos téléphones, tablettes et ordinateurs et bientôt les objets connectés de Google mais ne nous plaignons pas ensuite que Google sait trop de choses sur notre compte.

Personnellement je boycotte autant que possible ces services (et ces marques) mais il m’arrive aussi de les utiliser et je ne me pose pas en moralisateur…

Rappelons nous simplement qu’il existe presque toujours des alternatives, que nous avons toujours le choix et essayons d’exercer nos choix de manière responsable!

 

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Un projet e-nov

De:     Valerie P <valeriep@outlook.fr>
À:     vdv@dyomedea.com
Sujet:     informations relatives à notre projet
Date:     Tue, 14 Jan 2014 03:24:19 +0100

Bonjour,

J’ai vu vos coordonnées sur Internet.
Nous recherchons un prestataire et nous souhaitons éventuellement vous consulter concernant un projet.
Merci de me fixer un bref rendez-vous téléphonique à l’heure de votre choix (mardi ou mercredi).
pour un complément d’information.

Bonne réception,
Valerie P
Arcadev

Un prospect qui m’écrit à 3h24 du matin doit avoir un projet particulièrement urgent et je m’empresse de lui répondre.

La plupart de mes clients me contactent de cette manière et je n’ai pas de raison particulière de me méfier mais j’aime bien savoir à qui j’ai à faire et je recherche “arcadev“. Je ne trouve pas grand chose à part les profils LinkedIn et Viadeo de Valérie P. Curieusement, bien que son profil LinkedIn apparaisse en résultat de recherche, aucune mention d’arcadev dans son profil pour lequel elle est “Data Center Sales Specialist at Cisco”. Pas non plus de trace d’arcadev sur societe.com.

Quelqu’un qui écrit des mails à 3h du matin ne se lève peut être pas très tôt, j’essaye donc de trouver une heure raisonnable pour un rendez vous téléphonique :

De:     Eric van der Vlist <vdv@dyomedea.com>
À:     Valerie P<valeriep@outlook.fr>
Sujet:     Re: informations relatives à notre projet
Date:     Tue, 14 Jan 2014 07:45:17 +0100

Bonjour,

Le mardi 14 janvier 2014 à 03:24 +0100, Valerie P a écrit :
> Bonjour,
>
> J’ai vu vos coordonnées sur Internet.
> Nous recherchons un prestataire et nous souhaitons éventuellement vous
> consulter concernant un projet.
> Merci de me fixer un bref rendez-vous téléphonique à l’heure de votre
> choix (mardi ou mercredi).

Est-ce que 11h00 ce matin vous conviendrait?

Bien cordialement,

Eric van der Vlist

> pour un complément d’information.
>
> Bonne réception,
> Valerie P
> Arcadev

La réponse vient un peu plus tard :

De:     E-Nov Développement <valeriep@outlook.fr>
Reply-to:     <contact@e-prog.fr>
À:     Eric van der Vlist <vdv@dyomedea.com>
Sujet:     RE: informations relatives à notre projet
Date:     Tue, 14 Jan 2014 10:18:01 +0100

Merci, entendu c’est noté.
A quel numéro devrais-je vous joindre ?

Cordialement,
Valérie P
Arcadev

Voilà qui me donne un peu plus d’informations. La société E-Nov Développement est connue par societe.com, mais également par les moteurs de recherche :

J’aborde donc ce rendez vous téléphonique avec une certaine prudence. Valérie P marque un point en m’annonçant qu’elle m’envoie un mail décrivant le projet (“cool, un prospect sérieux qui m’envoie des éléments concrets pour que je comprenne ses besoins”).

De:     E-prog vp <contact@cybix.fr>
À:     vdv@dyomedea.com, DEMO <contact@e-prog.fr>
Sujet:     Projet
Date:     Tue, 14 Jan 2014 12:21:13 +0100

Bonjour,

Afin de consulter notre projet, veuillez cliquer sur les liens suivants

————————-Consultation projet ————————-
http://e-prog.fr/z_4647/iph/ok2.asp?tra=http://www.dyomedea.com

————————-Lien 2 ————————-
http://e-prog.fr/z_4647/iph/ok2.asp?tra=http://gossard.cybix.fr

————————-Notre Site ————————-
http://e-prog.fr

Cordialement,
01 49 76 96 26
contact@e-prog.fr

E-Nov
Siret : 40500275900034

Message securise l’antivirus Kapersky

Déception à l’arrivée : en guise de besoins le premier lien pointe sur un montage grossier ajoutant une vidéo standard sure une copie de mon site dyomedea.com en espérant me convaincre de faire appel à leurs services.

Sur son profil, Valérie P annonce avoir un “Master in European Business, International Marketing” de l’ESCP-EAP. Elle sait probablement ce qu’elle fait mais j’ai du mal à croire qu’elle puisse avoir un taux de conversion honorable quand elle décroche des rendez-vous téléphoniques sur la base de courriels mensongers!

On dit souvent qu’Internet est une jungle, un espace de non droit. Il est vrai que sans Internet je n’aurais jamais reçu ce mail. Par contre j’aurais pu recevoir le même type de message par courrier postal et sans Internet je n’aurais pas été capable de recueillir les informations sur la société E-Nov Développement…

Quant au “non droit”, E-Nov Développement a déjà été condamné au moins une fois, et ce n’est peut être pas la dernière!

De:     Eric van der Vlist <vdv@dyomedea.com>
À:     abuse@outlook.fr
Sujet:     [Fwd: informations relatives à notre projet]
Date:     Tue, 14 Jan 2014 16:40:13 +0100

Bonjour,

Je souhaite vous signaler l’utilisation d’une adresse mail @outlook.fr
pour l’envoi de messages non sollicités (après contact de cette
personne, il s’avère qu’elle espérait me vendre une vidéo
“personnalisée” pour mon site web).

Il s’avère également que cette personne travaille pour la société “E NOV
DEVELOPPEMENT (E-NOV DEV)” [1] qui a déjà été condamnée pour avoir
utilisé une adresse mail hotmail pour l’envoi de tels messages [2].

[1]http://www.societe.com/societe/e-nov-developpement-405002759.html
[2]http://www.prodimarques.com/documents/gratuit/59/apercus-de-la-jurisprudence-recente.php

Cordialement,

Eric van der Vlist

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Tout est à nous

Tout est à nous
Rien n’est à eux
Tout ce qu’ils ont
Ils l’ont volé
Partage des richesses
Partage du temps de travail
Ou sinon ça va péter

Cet après midi encore, cette chanson de manif m’a ému. Elle est simple et peut paraître naïve. Elle résume pourtant parfaitement la crise économique et écologique que nous traversons.

Cela fait des années qu’elle est scandée manif après manif. Si tant de monde partage ce constat, pourquoi rien ne change t-il?

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Le choc des photos

Ne cherchez pas de référence à l’écologie ou l’environnement dans le clip officiel de campagne de François Hollande : il n’y en a pas.

Ce qui s’en rapproche le plus sont sept séquences fugitives de 5 secondes au total lorsqu’il parle de la France :

  • Un tracteur labourant un champ immense
  • Un homme poussant une carcasse de bœuf dans un abattoir
  • Un autre poussant un chariot de pommes parfaitement calibrées dans une immense halle, sans doute un hypermarché
  • Une laborantine dans l’exercice de ses fonctions
  • Un Airbus A 380
  • Un TGV
  • Un viaduc, sans doute celui de Millau

Elles défilent très vite et je les ai capturées pour pouvoir les regarder plus facilement :

Pourquoi avoir choisi ces images?

Pourquoi les passer à un rythme subliminal?

Où est le changement?

Jugez par vous même, ces sept plans apparaissent de la 45ème à la 50ème seconde :


Clip officiel de campagne de François Hollande par francoishollande

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Le temps de l’utopie

Je n’ai pas encore regardé le film, mais je viens de terminer la lecture des Sentiers de l’Utopie, un livre-film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan.

J’ai beaucoup aimé cette balade parmi quelques hauts lieux de l’Utopie en Europe et cette lecture renforce mon sentiment que pour surmonter la crise que nous vivons, les seules solutions réalistes sont celles qui sont qualifiées d’utopiques!

En 2008 déjà, en lisant les motions déposées pour le congrès de Reims du PS, j’avais été surpris de remarquer que la seule motion qui semblait prendre pleine conscience de l’ampleur de la crise et proposer des solutions proportionnées était la motion “F” du mouvement Utopia.

L’utopie a mauvaise presse : les utopies que l’on a voulu appliquer à grande échelle au vingtième siècle se sont toutes soldées de manière tragique.

Si aujourd’hui les utopies sont les seules à proposer des solutions réalistes, c’est que nous sommes à un moment charnière où pour sauver notre civilisation il nous faut modifier profondément nos habitudes pour instaurer plus d’équité ce qui est habituellement qualifié d’utopiste.

Les Sentiers de l’Utopie nous font découvrir des lieux qui expérimentent, chacun à sa manière, des modes d’interaction différents. Ce ne sont pas des dogmes à suivre aveuglément mais autant de laboratoires dont les découvertes seront précieuses pour trouver des solutions plus générales.

Pour terminer ce billet, deux images glanées hier soir dans un Paris où il allait geler opour la première fois de l’hiver alors que je me rendais à pieds à la conférence de Christian Vélot sur les plantes mutées à la mairie du deuxième arrondissement :

  • une terrasse ouverte et chauffée, où l’on chauffe l’extérieur pour que quelques consommateurs puissent déguster une bière à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur.
  • à quelques mètres, un sans abri se recroqueville, adossé à un sac à dos pour se préparer à passer la nuit qui sera glaciale.

Un gaspillage inutile de ressources non renouvelables dont les plus démunis sont totalement dépourvu, comment mieux illustrer la crise dans laquelle nous nous enfonçons?

 

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SOPA, PIPA, Owark and long term preservation

We use to distinguish things that are eternal and those that are ephemeral, but how valid is our judgment?

Take Wikipedia for instance. I used to take for granted that Wikipedia was here for ever, up and running and ready to send me any version of any page in any language and I was wondering how useful it is for my Owark project to archive Wikipedia pages.

Here come SOPA and PIPA and suddenly we realize that Wikipedia is threatened:

Wikipedia would be threatened in many ways. For example, in its current form, SOPA could require Wikipedia to actively monitor every site we link to, to ensure it doesn’t host infringing content. Any link to an infringing site could put us in jeopardy of being forced offline. The trust and openness that underlies the entire Wikipedia project would be threatened, and new, restrictive policies would make it harder for us to be open to new contributors.

If we can read the Odyssey today, it’s not because its original “editor” has been able to preserve it, but because “Lots of Copies Keep Stuff Safe” and enough copies had been spread to insure its transmission.

If Wikipedia (or any other website) are weaker than we use to think and can be closed down, we need to spread as many copies as possible and this is really what Owark is about.

Now, is that enough?

I have mixed feelings when I read (twitted by Karl Dubost and written by Sarah Lacy) that:

Long-term there’s no future in printed books.

I understand the point and there may be no future in printed books medium term, but electronic books depends on cheap and ubiquitous electricity and I wouldn’t bet that this will be the case long term!

We know that sooner or later we will have to dramatically reduce our power consumption and we don’t know how smooth or brutal will be the transition.

If we are wise enough to manage a smooth transition, the industry might be able to adapt itself.

If not, there is a serious risk is that many books or web pages, digital photos, songs, music, videos that rely on cheap energy are simply lost forever!

Should we print web pages to archive them?

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Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre Rive Gauche

En attendant la publication des photos et vidéos sur le site du Retour à la Terre, voici le texte que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration officielle du magasin de la Rive Gauche le 18 janvier.

Catherine est inquiète parce qu’elle ne sait pas ce que je veux vous dire ce soir…

Elle me connaît pourtant bien puisque cela fait plus de trente ans que nous vivons ensemble !

Nous avons la chance d’avoir étudié dans une grande école (l’École Centrale) où nous nous sommes rencontrés mais avons toujours eu du mal à nous intégrer au monde des grandes entreprises.

Je l’ai devancé en devenant consultant indépendant il y a bientôt quatorze ans.

Lorsqu’elle a souhaité à son tour quitter Renault il y a quatre ans, nous avions un peu d’économies, pas beaucoup parce que l’argent n’a jamais été notre objectif principal mais suffisamment pour acheter par exemple un petit deux pièces dans le quartier où nous habitons.

Nous avons décidé d’utiliser ce petit pécule pour qu’elle puisse mener à bien un projet qui lui tenait à cœur et quatre ans plus tard sommes réunis ici pour inaugurer son deuxième magasin.

Le succès est donc au rendez vous.

Quarante emplois directs (et au moins la moitié d’emplois indirects) ont été crées et des dizaines de milliers de clients ont été sensibilisés aux problèmes environnementaux et ont mangé bio et d’une manière plus responsable.

Je suis très fier de Catherine pour ce succès.

Je suis également heureux de voir qu’elle s’est épanouie professionnellement pendant ces quatre années comme jamais auparavant.

Je le suis un peu moins de la voir fatiguée comme elle ne l’a jamais été.

Quand on rentre dans un des deux magasins du Retour à la Terre, ce que l’on voit peut sembler facile et tomber sous le sens.

Je vis aux côtés de Catherine et je peux vous dire que créer ce cercle vertueux est au contraire un combat de tous les instants :

  • Un combat contre les concurrents de la grande distribution et d’autres commerces spécialisés qui n’ont pas les mêmes exigences.
  • Un combat contre les fournisseurs quand ils glissent dans leurs catalogues des produits certifiés AB mais contenant des arômes non bio, sur-emballés, pleins d’huile de palme, ou importés de l’autre bout de la planète alors qu’ils poussent chez nous.
  • Un combat contre les clients qu’il faut éduquer et à qui il faut expliquer pourquoi ils ne trouveront chez nous ni tomates, ni litchis ni foie gras pour leurs réveillons.
  • Un combat au sein de la coopérative Biocoop pour essayer de maintenir une ligne aussi droite que possible.
  • Et parfois même un combat au sein de l’équipe qu’il faut convaincre que le magasin doit être impeccablement tenu, qu’il vaut mieux faire 40 commandes à 40 petits producteurs qu’une seule commande à un industriel et parfois même pourquoi travailler plus pour gagner plus n’est pas une bonne idée et pourquoi seule Catherine et dans une moindre mesure nos deux directeurs de magasin peuvent faire des heures supplémentaires au Retour à la Terre.

Je sais que ce type de combat est chose courante pour beaucoup de nos invités.

Insecticides, plastiques, déchets, cancers, OGM, brevets sur le vivant, grande distribution, industrie de la viande, villes en transition, paysans sans terre, nucléaire, gaz de schiste, … au cours des débats organisés par Catherine, je me suis souvent senti dérouté et découragé par la diversité de ces luttes.

Il y a pourtant une constante : le refus de la marchandisation des biens communs de l’humanité.

Prenons par exemple le problème de l’eau, particulièrement éloquent parce qu’il représente un combat que beaucoup considèrent comme déjà perdu.

L’eau est essentielle à la vie, elle recouvre 72% de notre planète et notre corps est composé d’eau à 65%.

Pourtant, vous souvenez vous quand vous avez bu pour la dernière fois de l’eau qui ne soit pas « produite » par une des multinationales qui se sont emparé de son « marché » ou par une des rares compagnies des eaux qui soit publique ?

Pour moi, c’était en juillet dernier, en randonnée avec notre fils Samuel à plus de 2000m d’altitude dans les Alpes.

Et même dans un endroit aussi préservé, il nous a fallu filtrer l’eau des torrents de montagne dans un filtre en céramique, merveille de haute technologie suisse, pour la boire sans risque.

Cet accaparement de l’eau, des semences, de la nourriture, des terres, du sous sol, des idées, des déchets, de l’énergie, des logiciels, des données privées, de l’argent, … et même du « droit à polluer » par quelques privilégiés qui contrôlent une poignée de multinationales est intolérable sur le plan des principes, mais aujourd’hui il ne s’agit plus ce cela.

Le problème est pourtant simple.

Nous sommes 7 milliards sur une planète aux ressources finies qui ne peut nourrir sa population de manière durable que si ses ressources sont exploitées de manière raisonnable et distribuées avec un minimum d’équité et c’est précisément de cela dont il s’agit pour chacun de ces combats.

Combattre les dérives actuelles sous toutes leurs formes n’est plus seulement une question de principes mais une question de survie pour nous et pour notre civilisation !

Merci à tout ceux qui mènent cette lute essentielle à leur manière et sur tous les fronts.

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