Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre les Champs

Ceci est le texte du discours que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre les Champs. Si les paroles que j’ai prononcé sont sensiblement différentes, les idées sont les mêmes!

18 septembre 2008, 18 janvier 2012, 21 septembre 2016 : huit ans, trois inaugurations, un magasin tous les quatre ans…

Vous vous demandez sans doute :

Rendez vous dans quatre ans pour la prochaine inauguration?

mais aussi :

N’y a t-il pas une contradiction à soutenir le mouvement des villes en transition, à prôner des idées proches de la décroissance et à multiplier les magasins en cherchant leur croissance?

Si je pose ces questions c’est, vous l’avez deviné, parce que je me les pose.

Ce sont des questions difficiles, dont les réponses viables sont toutes des compromis et sur lesquelles Catherine et moi avons parfois des sensibilités différentes.

Dans une vie professionnelle antérieure j’ai travaillé chez Sybase, une start-up américaine qui se vantait d’être la plus forte croissance du Nasdaq et dont la devise était “get big fast”.

C’est une période de ma vie que je ne regrette pas.

On y ressentait l’ivresse que l’on peut sentir dans un véhicule lancé à grande vitesse, pas le TGV où l’on ne sent la vitesse qu’en entrant dans les tunnels, mais un véhicule vibrant et trépidant.

Dans ce genre de course il n’est que trop facile de se prendre au jeu mais tout cela manquait de sens et nous savions bien que cela ne pouvait être durable.

Bien entendu il ne s’agit pas de cela au Retour à la Terre, et pourtant…

Dès que nous acceptons les règles de l’économie de marché, ce qui est un présupposé incontournable pour toute société commerciale, nous acceptons les règles d’un jeu de monopoly géant qui nous poussent vers la croissance.

Une croissance maîtrisée apporte confort et sécurité et un magasin en croissance peut anticiper sur les recrutements et les achats.

L’ouverture d’un nouveau magasin (que l’apiculteur que je suis appellerait “faux essaimage” puisqu’il y a une même “reine” pour plusieurs magasins qui restent liés au sein d’une même structure) crée un appel d’air qui permet de combattre “l’usure du poste” à presque tous les niveaux dans l’équipe.

C’est d’autant plus important au Retour à la Terre que nos équipes ont de fortes personnalités, que les recrutements externes à des postes de responsabilité se sont si souvent soldés par des rejets et que nous ne fonctionnons plus que par promotion interne. C’est quelque chose que je n’avais jamais vu dans mes vies professionnelles antérieures.

La croissance est donc une des clés de la survie d’une entreprise et ce pour tous les maillons de notre chaîne d’approvisionnement.

Ce qui est vrai pour nos magasins est vrai pour les paysans, les transformateurs, les transporteurs, les distributeurs et pour Biocoop : au dernier congrès Biocoop il a beaucoup été question d’adapter la coopérative pour gérer sa croissance sans que personne ne demande si cette croissance était souhaitable.

De même je me suis toujours senti mal à l’aise vis à vis de la tagline Biocoop “premier réseau de magasins bio en France”. Nous avons mieux à dire que “mon réseau est plus gros et plus vieux que le tien”!

Notre croissance permet de privilégier une bio de qualité et une chaîne d’approvisionnement partageant nos valeurs au détriment de concurrents qui au contraire développent une bio de type “grande distribution”.

Aussi vertueuse qu’elle soit, cette croissance reste pourtant une croissance dans un monde fini donc non durable. Elle s’accompagne nécessairement de compromis qui sont autant de risques d’adopter les pratiques de la grande distribution et de perdre notre âme.

Et comme pour assurer notre croissance nous poussons nos fournisseurs à croître eux aussi nous alimentons un cercle que nous savons vicieux.

Il y a pourtant une alternative à la croissance : l’essaimage vrai, la multiplication de structures indépendantes qui restent à taille humaine et partagent les mêmes idéaux. C’est que nous faisons quand nous parrainons des porteurs de projets comme Catherine l’a souligné.

Je ne sais pas dans quelle mesure cela serait transposable à l’échelle de Biocoop…

Les banques nous poussent également à la croissance.

Une banque, même aussi militante que le Crédit Coopératif, a besoin de garanties et ne nous aurait pas fait confiance pour ouvrir Rive Gauche si nous n’avions pas un premier magasin en forte croissance. De même nous n’aurions pas pu ouvrir “les Champs” sans la surface financière de nos deux premiers magasins.

Nous sommes bien au monopoly où l’on ne peut pas acheter un hôtel sur les Champs Élysées au premier tour de plateau…

Puisque nous sommes condamnés à la croissance, faisons en sorte qu’elle reste vertueuse et pour cela, en plus de faire toujours plus, essayons non seulement de ne pas faire de nouveaux compromis mais également  de faire toujours mieux!

C’est également un des principes de Biocoop et un de nos prochains défis communs est l’arrêt total de la vente d’eau plate en bouteille plastique qui interviendra avant la fin de l’année.

Nous avons voulu y ajouter notre touche personnelle et pour l’ouverture de ce nouveau magasin ce “toujours mieux” est la suppression totale de l’huile de palme de nos rayons.

Cela a été difficile mais à notre connaissance nous sommes le premier magasin à l’avoir fait. Nous allons maintenant voir comment étendre cela aux deux autres magasins.

Ceci dit je n’ai pas répondu à ma question initiale. Est-ce qu’on se donne rendez vous dans quatre ans pour une nouvelle inauguration?

Je ne sais pas.

À titre personnel j’aspirerais plutôt à une certaine forme de décroissance!

Catherine au contraire semble toujours prête à relever de nouveaux défis pour développer une bio vertueuse. Et c’est peut être aussi sa manière à elle de combattre l’usure du poste que j’évoquais tout à l’heure…

 

 

 

 

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Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre Rive Gauche

En attendant la publication des photos et vidéos sur le site du Retour à la Terre, voici le texte que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration officielle du magasin de la Rive Gauche le 18 janvier.

Catherine est inquiète parce qu’elle ne sait pas ce que je veux vous dire ce soir…

Elle me connaît pourtant bien puisque cela fait plus de trente ans que nous vivons ensemble !

Nous avons la chance d’avoir étudié dans une grande école (l’École Centrale) où nous nous sommes rencontrés mais avons toujours eu du mal à nous intégrer au monde des grandes entreprises.

Je l’ai devancé en devenant consultant indépendant il y a bientôt quatorze ans.

Lorsqu’elle a souhaité à son tour quitter Renault il y a quatre ans, nous avions un peu d’économies, pas beaucoup parce que l’argent n’a jamais été notre objectif principal mais suffisamment pour acheter par exemple un petit deux pièces dans le quartier où nous habitons.

Nous avons décidé d’utiliser ce petit pécule pour qu’elle puisse mener à bien un projet qui lui tenait à cœur et quatre ans plus tard sommes réunis ici pour inaugurer son deuxième magasin.

Le succès est donc au rendez vous.

Quarante emplois directs (et au moins la moitié d’emplois indirects) ont été crées et des dizaines de milliers de clients ont été sensibilisés aux problèmes environnementaux et ont mangé bio et d’une manière plus responsable.

Je suis très fier de Catherine pour ce succès.

Je suis également heureux de voir qu’elle s’est épanouie professionnellement pendant ces quatre années comme jamais auparavant.

Je le suis un peu moins de la voir fatiguée comme elle ne l’a jamais été.

Quand on rentre dans un des deux magasins du Retour à la Terre, ce que l’on voit peut sembler facile et tomber sous le sens.

Je vis aux côtés de Catherine et je peux vous dire que créer ce cercle vertueux est au contraire un combat de tous les instants :

  • Un combat contre les concurrents de la grande distribution et d’autres commerces spécialisés qui n’ont pas les mêmes exigences.
  • Un combat contre les fournisseurs quand ils glissent dans leurs catalogues des produits certifiés AB mais contenant des arômes non bio, sur-emballés, pleins d’huile de palme, ou importés de l’autre bout de la planète alors qu’ils poussent chez nous.
  • Un combat contre les clients qu’il faut éduquer et à qui il faut expliquer pourquoi ils ne trouveront chez nous ni tomates, ni litchis ni foie gras pour leurs réveillons.
  • Un combat au sein de la coopérative Biocoop pour essayer de maintenir une ligne aussi droite que possible.
  • Et parfois même un combat au sein de l’équipe qu’il faut convaincre que le magasin doit être impeccablement tenu, qu’il vaut mieux faire 40 commandes à 40 petits producteurs qu’une seule commande à un industriel et parfois même pourquoi travailler plus pour gagner plus n’est pas une bonne idée et pourquoi seule Catherine et dans une moindre mesure nos deux directeurs de magasin peuvent faire des heures supplémentaires au Retour à la Terre.

Je sais que ce type de combat est chose courante pour beaucoup de nos invités.

Insecticides, plastiques, déchets, cancers, OGM, brevets sur le vivant, grande distribution, industrie de la viande, villes en transition, paysans sans terre, nucléaire, gaz de schiste, … au cours des débats organisés par Catherine, je me suis souvent senti dérouté et découragé par la diversité de ces luttes.

Il y a pourtant une constante : le refus de la marchandisation des biens communs de l’humanité.

Prenons par exemple le problème de l’eau, particulièrement éloquent parce qu’il représente un combat que beaucoup considèrent comme déjà perdu.

L’eau est essentielle à la vie, elle recouvre 72% de notre planète et notre corps est composé d’eau à 65%.

Pourtant, vous souvenez vous quand vous avez bu pour la dernière fois de l’eau qui ne soit pas « produite » par une des multinationales qui se sont emparé de son « marché » ou par une des rares compagnies des eaux qui soit publique ?

Pour moi, c’était en juillet dernier, en randonnée avec notre fils Samuel à plus de 2000m d’altitude dans les Alpes.

Et même dans un endroit aussi préservé, il nous a fallu filtrer l’eau des torrents de montagne dans un filtre en céramique, merveille de haute technologie suisse, pour la boire sans risque.

Cet accaparement de l’eau, des semences, de la nourriture, des terres, du sous sol, des idées, des déchets, de l’énergie, des logiciels, des données privées, de l’argent, … et même du « droit à polluer » par quelques privilégiés qui contrôlent une poignée de multinationales est intolérable sur le plan des principes, mais aujourd’hui il ne s’agit plus ce cela.

Le problème est pourtant simple.

Nous sommes 7 milliards sur une planète aux ressources finies qui ne peut nourrir sa population de manière durable que si ses ressources sont exploitées de manière raisonnable et distribuées avec un minimum d’équité et c’est précisément de cela dont il s’agit pour chacun de ces combats.

Combattre les dérives actuelles sous toutes leurs formes n’est plus seulement une question de principes mais une question de survie pour nous et pour notre civilisation !

Merci à tout ceux qui mènent cette lute essentielle à leur manière et sur tous les fronts.

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Happy New Year 2012

As usual, it’s been tough to select a picture…

This one has been taken in the small woodland that isolates our orchard from the chemical crops grown by our neighbors.

I like the contrast between the yellow of the ginkgo biloba, and the brown and green of the other leaves.

It’s also a good illustration of the concept of “Retour à la Terre” (return to the earth or soil) that we promote elsewhere and if you look carefully, you’ll see a small woodlouse and a redworm which are major actors of soil ecology.

That being said, this year I have decided to show you the other pictures that I had selected!

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Bonne année 2012

Comme toujours, le choix de la photo a été difficile…

Cette photo a été prise dans la petite bande boisée qui isole notre verger des cultures intensives sous les vents dominants.

J’aime bien le contraste des couleurs entre le jaune de la feuille de ginkgo biloba, le roux et le vert des autres feuilles.

C’est également une bonne illustration du concept de Retour à la Terre que nous défendons ailleurs et si vous regardez bien, vous pourrez apercevoir un petit cloporte et un lombric qui sont des auxiliaires très importants de l’écologie des sols.

Ceci dit, cette année j’ai décidé de vous montrer les photos auxquelles vous avez échappé!

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Réparer son toit

D’après notre couvreur notre toiture a été refaite lors des reconstructions massives effectuées après la dernière guerre. C’est son état général et surtout la taille des ardoises, introuvables en France mais communes en Angleterre, qui lui fait dire cela.

Elle tient encore le coup. Ce sont les crochets métalliques qui tiennent les ardoises qui lâchent lorsque le vent est trop violent comme cela a été le cas ces derniers jours en Normandie et cinq ardoises avaient été déplacées.

Ce n’est pas bien compliqué de replacer des ardoises : il suffit de remplacer les crochets et de les glisser à leur place.

Réparer mon toit fait partie des occupations simples et fondamentales que j’ai toujours plaisir à faire par moi-même tout comme faire mon pain.

C’est aussi l’occasion de voir notre terrain et les alentours sous un angle inhabituel et spectaculaire et le plateau qui nous entoure est d’une grande beauté bien que les agriculteurs aient fait disparaître le bocage normand dont on devine encore quelques traces.

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Algorithmes génétiques

Un aspect inattendu du magasin le Retour à la Terre créé par ma femme Catherine est qu’il me donne l’opportunité de travailler dans des domaines connexes à ceux que je connais sur des projets intéressants parce que directement valorisables et à taille humaine.

C’est le cas du système de gestion des emplois du temps dont je viens de terminer une première version.

La gestion des emplois du temps dans une entreprise gérant une dizaine de personnes avec des rôles et des contraintes d’emploi du temps très variées est un véritable casse-tête et Catherine passait chaque semaine plus d’une demi-journée à constituer l’emploi du temps de la semaine suivante.

Les recherches que j’ai fait sur Internet pour essayer de dénicher un logiciel pouvant gérer cela sans modifier les habitudes déjà prises au magasin (j’estime que c’est aux logiciels de s’adapter aux organisations et non l’inverse) et de préférence disponible en Open Source se sont soldées par un échec et après l’avoir vu une nouvelle fois gâcher son week-end à travailler sur l’emploi du temps je me suis résolu à écrire mon propre système pour gérer cela.

Ce type de problème me rappelait pourtant de mauvais souvenirs, l’optimisation sous contraintes restant pour de nombreux centraliens de ma promotion synonyme de “Simplexe“, un des points les plus obscurs du cours d’analyse numérique…

Pour éviter cela, j’ai décidé de mettre en pratique les rudiments d’algorithmes génétiques que j’avais récemment acquis grâce au livre fascinant de Toby Segaran : “Programming Collective Intelligence“.

Et ça marche!

C’est sans doute un des problèmes les plus complexes que j’ai dû résoudre et l’efficacité de cette méthode est simplement ahurissante.

En deux mots, les algorithmes génétiques appliquent à la recherche de solutions des techniques empruntées à l’évolution naturelles des espèces : on part d’une population de solutions générées aléatoirement que l’on note et on les améliore, génération après génération par des sélections et des mutations et croisements aléatoires.

Les deux principales difficultés sont la modélisation et la notation des solutions, le reste étant de la programmation classique sans grande difficulté.

C’est une manière de programmer – et de raisonner! – totalement nouvelle pour moi. Elle est fascinante par le parallèle entre ces populations de solutions et la biodiversité du monde qui nous entourent et l’observation de la manière dont convergent ces solutions alimente toutes sortes de réflexions…

J’aime beaucoup ce type de projets courts dont la richesse repose sur quelques idées simples.

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RSS en campagne

Les agriculteurs AB sont rares en Haute-Normandie dont les bocages ont été transformés en grandes culture partout où c’était possible. Pour briser l’isolement, ils se sont rassemblés au sein de groupements et cherchent à garder le contact par tous les moyens.

En tant qu’arboriculteur AB, nous ne faisons pas exception à la règle et rendons volontiers visite à Paola et Benoît Lelièvre de la ferme de Pincheloup qui sont nos plus proches voisins AB, mais depuis le mois d’août et l’ouverture du magasin, nous avons du quelque peu espacer ces contacts.

Catherine a reçu hier un mail de Paola lui donnant quelques nouvelles et lui disant que nos aventures étaient suivies avec attention par la ferme de Pincheloup grâce… au flux RSS de notre site!

Lorsque j’ai participé à la rédaction de la spécification RSS 1.0 en 2000, j’étais loin de me douter que ce vocabulaire dont j’avais tant de mal à expliquer l’intérêt à mon entourage serait un jour utilisé dans les campagnes et me servirait à mener à bien un projet de nature si différente!

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Le Retour à la Terre ouvre le 20 août

Logo du Retour à la TerreIl aura fallu la détermination sans faille de Catherine et la motivation exceptionnelle de son équipe pour maintenir le cap et respecter cette date d’ouverture fixée depuis plusieurs mois en dépit de tous les obstacles que l’on rencontre sur ce type de projet…

Le pari est en passe d’être gagné et son magasin « Le Retour à la Terre » ouvrira ses portes le 20 août.

Cette ouverture imminente nous a conduit à mettre en ligne dès ce week-end le site du Retour à la Terre bien qu’il soit encore en construction.

Pour ce site qui présentera non seulement le magasin mais également notre démarche et nos vergers, j’ai souhaité privilégier la facilité de mise à jour et ai choisi de le « motoriser » avec WordPress que Catherine connaît bien puisque c’est également le moteur de son blog.

Le style a été réalisé par Laurent Henriot et appliqué au site sous forme d’un « thème » WordPress spécifique.

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