Cachez cette sécheresse que l’on ne saurait voir

Sécheresse en Normandie

Les chiffres publiés par Univers Nature viennent confirmer, si l’on en doutait, que la sécheresse de notre verger normand n’est pas cas isolé.

Ce sont au contraire la moitié des départements français qui ont été soumis à des arrêtés préfectoraux imposant des restrictions d’usages de l’eau et le quart des départements qui sont sous restriction totale.

Je ne me souviens pourtant n’avoir vu passer qu’un petit article dans l’Eure Agricole en juillet sur le sujet et une recherche sur Google actualité laisserait presque penser que les sécheresses sont réservées aux “pays du sud“.

Pourquoi ce silence? A t-on oublié que l’eau est un élément vital? Le sujet n’est il pas beaucoup plus important que, par exemple, le cours de la bourse que tout bulletin d’information se croit obligé de donner?

Peut-être que les journalistes se désintéressent tout simplement du sujet.

A moins qu’ils ne le trouvent moins vendeur que des sujets plus bling-bling tels que la grippe A ou la castration chimique des récidivistes en matière de criminalité sexuelle (qui ne concernerait que 1,6% des condamnés).

Ou qu’ils veuillent éviter de mettre un peu plus de pression sur les agriculteurs qui ont suivi les incitations de nos ministères de l’agriculture pour tout miser sur des cultures gourmandes en eau (maïs notamment) et consomment maintenant 68% de l’eau consommée en France.

Ou encore qu’on ne veuille éviter de faire trop de bruit alors que de grandes manœuvres sont en cours pour achever la marchandisation des ressources naturelles dont l’eau n’est qu’un exemple.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Share and Enjoy:
  • Identi.ca
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Twitter
  • Add to favorites

Les belles images

Certains pays sont mal partis : l’Afrique noire en particulier; la poussée démographique en Chine et dans toute l’Asie est inquiétante; cependant grâce aux protéines synthétiques, à la contraception, à l’automation, à l’énergie nucléaire, on peut considérer que vers 1990 sera instaurée la civilisation de l’abondance et des loisirs. La terre ne formera plus qu’un seul monde, parlant peut-être –grâce aux traducteurs automatiques– une langue universelle; les hommes mangeront à leur faim, ils ne consacreront au travail qu’un temps infime; ils ne connaitront plus la douleur ni la maladie.

Les belles images, Simone de Beauvoir, 1966

Ce petit roman que j’avais acheté chez un bouquiniste pendant mes années de taupe n’est, à juste titre, pas considéré comme une œuvre majeure de Simone de Beauvoir et je l’avais complètement oublié avant de la redécouvrir sur une étagère chez mes parents.

Les belles images qu’il décrit semblent aujourd’hui incroyablement naïves et utopiques : pensait-on réellement que les progrès technologiques allaient assurer le bonheur de l’humanité? Si j’essaye de me remettre dans l’ambiance de l’époque, il me semble que cette vision était en tout cas couramment affichée dans les médias et par nos dirigeants. Ce qui est également frappant est l’absence de toute considération environnementale dans cette vision.

Ce décalage est d’autant plus troublant qu’il est cantonné à ces déclarations et n’existe pas au plan des actes : on pourrait le transposer et le rendre très actuel en les remplaçant et en conservant la trame du roman et les actes de ses personnages qui n’ont pas pris une ride.

Les belles images ont décidément bien peu d’influence sur notre façon de vivre!

Share and Enjoy:
  • Identi.ca
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Twitter
  • Add to favorites

Mangez vos mauvaises herbes

Si la promotion assurée à son insu par la DGCCRF a sorti l’ortie de l’ombre et contribué à réhabiliter cette plante y compris dans ses usages alimentaires, beaucoup d’autres “mauvaises herbes” sont non seulement comestibles mais également délicieuses.

Comme Catherine l’a déjà mentionné, nous consommons régulièrement la consoude qui pousse près de la rivière qui coule en bas de notre verger et ce week-end j’ai essayé de consommer d’autres plantes sauvages qui se sont révélées tout aussi délicieuses.

Il existe beaucoup de livres consacrés aux plantes sauvages comestibles ou aux légumes oubliés (beaucoup de nos mauvaises herbes sont en effet des légumes anciens passés de mode) et nous en avons plusieurs dans notre bibliothèque mais j’ai préféré me munir de l’encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf que je n’avais encore jamais utilisée de cette façon.

J’ai suivi en septembre 2007 la formation de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices organisée par le GRAB-HN et n’ai pas manqué d’utiliser ce guide pour évaluer les terrains que nous avons eu l’occasion de visiter mais je n’avais pas encore tiré parti des indications sur l’usage culinaire de ces plantes. C’est maintenant chose faite…

J’ai commencé par une plante que je connaissais déjà. Une affreuse mauvaise herbe connue sous le nom de “laiteron” que j’avais eu l’occasion de goûter à l‘île Amsterdam. Les ouvriers Réunionnais qui hivernaient avec nous n’avaient pas leurs pareils pour tirer parti des ressources naturelles de l’île et ils nous avaient appris à utiliser cette plante pour parfumer les plats de riz. Depuis, je m’étais rangé à l’avis général et avais réappris à considérer cette plante qui ressemble à un chardon mâtiné de pissenlit comme “mauvaise”…

Gérard Ducerf affirmant que cette plante est comestible crue, j’ai essayé des salades composées constituées de laiteron et d’autres plantes sauvages.

Il n’y a plus beaucoup de laiteron dans notre verger et dans la mesure où ce sont des plantes indicatrices “d’engorgements en eau et en matière organique provoquant des hydromorphismes et des anaérobioses” je ne m’en plaindrai pas! J’ai tout de même trouvé deux beaux pieds, l’un qui est vraisemblablement un laiteron rude (sonchus asper) et l’autre un laiteron des champs (sonchus arvensis).

Leurs feuilles sont fermes, un peu dures et légèrement amères. Elles sont également légèrement épineuses sans aller jusqu’à piquer la langue ou le palais.

Pour les accompagner, j’ai aussi cueilli :

  • des feuilles de pissenlit qui sont un peu plus amères que le laiteron en cette saison,
  • des feuilles d’épilobe hirsute (epilobium hirsutum), une autre “mauvaise herbe” que nous avons tendance à arracher parce qu’elle se montre volontiers envahissante et dont les feuilles un peu duveteuses se révèlent avoir un goût proche de celui de la mâche,
  • des feuilles de petite oseille (rumex ocetosella) au goût agréablement acide,
  • du mouron blanc (stellaria media) au goût très fin,
  • de jeunes feuilles de plantain lancéolé (plantago lanceolata) au léger goût de champignon,
  • des fleurs d’églantine (rosa canina) au goût fruité et sucré
  • des fleurs de pâquerette (bellis perennis).

J’ai essayé plusieurs combinaisons qui se sont avérés aussi bonnes les unes que les autres accompagnées d’huile d’olive et de vinaigre de miel…

Le très léger goût de champignon des jeunes feuilles de plantain m’a donné envie d’essayer autre chose et j’ai tenté une omelette au plantain qui a été un véritable régal.

Que retenir de tout cela?

Tout d’abord, bien entendu, que nos jardins regorgent de ressources culinaires qui poussent naturellement et attendent que nous les cueillons.

Mais ce qui m’interpelle le plus c’est la manière dont nous avons non seulement oublié ces ressources et préféré acheter dans des magasins ce qui pousse naturellement (ce n’est qu’un des nombreux exemples de “marchandisation” de la nature) mais également été poussés à les détruire en utilisant au besoin des herbicides de synthèse plus dangereux les uns que les autres. Nous avons été véritablement conditionnés pour être non seulement des consommateurs mais également les complices de ce processus.

Share and Enjoy:
  • Identi.ca
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Twitter
  • Add to favorites