Enfin réunis

Il n’est pas toujours facile de choisir ses combats et encore moins d’en mener plusieurs de front mais je suis toujours aussi surpris de voir par exemple les militants anti-OGM utiliser des logiciels ou services propriétaires ou des activistes des logiciels libres ne pas manger bio.

On voit parfois, au mieux, des militants inviter poliment des activistes d’une autre cause mais cela dépasse rarement le temps d’un discours.

Cet après midi au contraire, le rassemblement anti-TAFTA devant l’ambassade de la République Islamique d’Iran (proche de l’hôtel Shangri-La dans lequel le commissaire au commerce de l’Union Européenne Karel De Gucht rencontrait les lobbys industriels et financiers) a été l’occasion de voir réunis pour un même combat des associations telles que :

Espérons que ce projet de traité permettra de rassembler et faire converger ces lutes qui ont tant de points communs!

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Encerclés

Notre verger bio et Nature & Progrès fait figure d’îlot de résistance au milieu des cultures “conventionnelles”.

Ce champ a été traité avec un herbicide. Notre verger fait figure d'îlot de verdure.

Un ami m’envoie, sous le titre “tristes news pour la planète” les liens sur deux articles du Monde:

Ces articles font écho au triste état des parcelles de culture dite “conventionnelle” qui entourent notre verger.

Cette année l’hiver a été anormalement clément, le printemps est en avance, les prés sont verts et les arbres en fleurs.

Le contraste est d’autant plus criant entre notre verger bio et ces champs auxquels l’herbicide a donné une teinte orangée. Ces champs ont été laissés nus tout l’hiver – ce qui est une cause bien connue de dégradation des sols – et gorgés d’herbicide au printemps pour tuer tout reste de vie en attendant sans doute un semi de maïs qui ne saurait tarder.

Comme beaucoup de fermes bio, notre verger semble être un îlot de vie au milieu d’une nature dévastée.

Comme Emmanuel Giboulot, le “viticulteur coupable d’avoir dit non aux pesticides” nous refusons tout traitement dans notre verger, préférant recréer un équilibre naturel plutôt que de combattre les déséquilibres avec des produits “miracles”.

Et comme beaucoup d’apiculteurs nous subissions de plein fouet le déclin des abeilles qui dépasse pour nous largement la moyenne de 27,7% observée en France et mentionnée dans l’article du Monde, mais comment pourrait il en être autrement dans ce désert agricole?

Nous entendons parfois les détracteurs du bio dire que le véritable bio n’existe pas et on peut être tenté de leur donner raison en voyant ces photos.

Comme Emmanuel Giboulot, les agriculteurs bio font de leur mieux pour résister. Nos haies semblent de bien faibles protections mais toutes les mesures montrent que le taux de pesticides demeure très faible dans les produits bio.

Ne rendons pas leur résistance encore plus difficile en les obligeant à la désobéissance civile!

 

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Ittoqqortoormiit

Ittoqqortoormiit, Juillet 2058

La Gazette d’Ittoqqortoormiit : Professeur Sean Lafontaine, vous êtes responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit. Pouvez vous nous expliquer en quoi consiste votre activité et quelles sont ses particularités ?

Sean Lafontaine : La technicologie est la branche de l’archéologie consacrée à la civilisation technicienne. Bien que cette civilisation soit beaucoup plus récente que celles qui sont étudiées par les autres branches de l’archéologie les matériaux disponibles posent de tels problèmes d’interprétation qu’une véritable approche scientifique de type archéologique est nécessaire.

LGI : Quel type de problèmes ?

SL : À la fin du siècle dernier cette civilisation a amorcé un processus de « dématérialisation » de sa production intellectuelle. Cette dématérialisation se traduisait par un stockage dit « électronique » des documents (écrits, photos, sons, films, …). Les technologies employées pour ce stockage étaient variées mais dans tous les cas il était nécessaire de disposer de compétences technologiques et d’énergie électrique pour accéder aux informations « dématérialisées ».

LGI : Autant dire en effet que l’accès à ces ressources est désormais réservé à des spécialistes ! Comment faites vous pour résoudre ces problèmes ?

SL : Notre laboratoire a l’autorisation de produire, de manière strictement contrôlée bien entendu, l’énergie électrique dont il a besoin pour poursuivre ses recherches. En ce qui concerne les connaissances technologiques, c’est une discipline à part entière, au même titre que la sigillographie ou l’épigraphie pour prendre deux exemples plus connus. En technicologie nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des témoins vivants ayant utilisé ces technologies. Ces survivants sont peu nombreux mais leurs témoignages ont été précieux pour établir les bases de notre discipline.

LGI : Parlez nous de cette mystérieuse boîte noire découverte le mois dernier…

SL : Nous avons découvert une petite boîte parallélépipédique, de 101 mm de largeur, 115 mm de longueur et 27 mm d’épaisseur, pesant moins de 400g dans une ruine située en zone rurale au nord ouest de la diagonale sèche. Cette boîte métallique portait des signes suggérant une utilisation de type « dématérialisation ».

LGI : Pouvez vous préciser quels sont ces signes pour que nos lecteurs puissent vous alerter s’ils trouvaient des objets de ce type ?

SL : Les zones que nous habitons maintenant étaient quasiment désertes avant le changement climatique et il est peu probable d’y trouver de tels objets, mais il peut tout de même être utile que vos lecteurs sachent reconnaître ces objets… Leur formes et leur dimensions sont très variées et la manière la plus fiable de les identifier est la présence de « connecteurs » . Les connecteurs sont de petits trous souvent rectangles ou ronds et dans lesquels on distingue parfois des éléments en cuivre.

LGI : Merci professeur. Je peux maintenant vous poser la question qui me brûle les lèvres… Cette boîte noire livrera t-elle ses secrets ?

SL : Oui, et ils sont fabuleux ! Hier notre équipe a enfin réussi à la faire parler. Il nous faudra plusieurs mois pour exploiter les documents qui nous sont dévoilés. Nous avons déjà identifié plus de 100 000 lettres électroniques, 50 000 photos, plusieurs heures de films mais ce n’est qu’une infime partie du contenu de la boîte et il y a beaucoup documents dont nous ne comprenons pas encore la nature.

LGI : Autant de documents dans un si faible volume !

SL : Oui, nous estimons que l’on pouvait stocker plus de mille milliards de caractères dans cette boîte.

LGI : Les prouesses techniques de cette civilisation sont vraiment surprenantes, quel dommage qu’elle n’ai pas su maîtriser les utilisations de ses technologies !

SL : L’historien que je suis se garde bien de porter un jugement de valeur sur l’objet de ses recherches, mais je dois avouer que je suis effectivement souvent surpris par les performances des objets que j’étudie.

LGI : Pour obtenir de telles prouesses, cette boîte noire devait produire beaucoup de CO2 !

SL : Pas de manière directe, non. Nos mesures montrent qu’elle consomme moins de 10W, ce qui représente, même avec un mode de production d’électricité à forte émission en CO2, moins de 250 g de CO2 par jour (quatre fois moins que la respiration humaine). Par contre pour être utile cette boîte a besoin d’être connectée à un ensemble d’équipements (pour visualiser les informations, les échanger avec d’autres machines, …). Si l’on considère l’ensemble de ces équipements, la production de CO2 est considérable.

LGI : Sait on à quoi servait cette boîte noire ?

SL : Nous pensons qu’elle servait d’archive. Les données matérialisées devaient être dupliquées et entreposées dans plusieurs équipements pour survivre à la destruction de l’un d’entre eux.

LGI : Dans ce cas, c’est un peu comme les livres dont la pérennité est assurée par la dissémination ! Que faisait cette boîte dans une zone rurale ?

SL : Nous pensons que son propriétaire avait deux résidences, une en ville et une à la campagne et qu’il avait des archives dans chacune de ses résidences.

LGI : Malin… Mais vous avez donc pu identifier son propriétaire ?

SL : Il s’appelait Éric van der Vlist et nous cherchons à cerner ses habitudes et sa personnalité.

LGI : Vous avez donc suffisamment d’informations pour cela ?

SL : Oui, nous avons retrouvé beaucoup de messages dont certains sont très personnels ainsi que des photos.

LGI : Quel était son métier ?

SL : Il travaillait dans le domaine de la dématérialisation de l’information. Les machines avaient pris une telle importance que les documents étaient écrits de manière à être compréhensibles par les machines avant de l’être par l’homme ce qui complique d’ailleurs notablement leur compréhension. Pour cela il existait plusieurs vocabulaires concurrents. Eric van der Vlist était spécialiste d’un de ces vocabulaires appelé XML. Son activité professionnelle principale était de conseiller des entreprises dans l’utilisation de ce vocabulaire. C’était un expert reconnu et il se déplaçait en avion pour rencontrer ses pairs lors de grandes réunions appelées conférences.

LGI : En avion ? Pour un motif aussi futile ? Il n’avait donc aucune conscience des enjeux environnementaux ?

SL : Effectivement, il faisait chaque année un voyage à Montréal (1400 kg de CO2) et un à Prague (300 kg de CO2) mais c’était une pratique courante à l’époque et ces réunions regroupaient des centaines de personnes. Pour en revenir à votre question, ce qui rend notre découverte particulièrement intéressante, c’est que contrairement à ce que vous pouvez penser, Eric avait un niveau de conscience des enjeux environnementaux plutôt élevé par rapport à ses contemporains.

LGI: Ce niveau de conscience ne le rend il pas d’autant plus coupable ?

SL : Mon activité est une activité d’historien et il ne m’appartient pas de juger les comportements. Par contre l’étude de sa personnalité peut nous aider à comprendre pourquoi cette civilisation a été incapable de stopper et même de freiner la catastrophe écologique qu’elle alimentait et dont elle avait conscience.

LGI : Et ce van der Vlist vous semble donc un sujet intéressant de ce point de vue ?

SL : Indéniablement. Notamment parce qu’il est né en 1958, au moment charnière où la civilisation technicienne a semblé perdre le contrôle de sa propre évolution. Sa vie coïncide avec le dernier acte de cette civilisation.

LGI : Si je comprend bien, c’est un témoin privilégié de la chute de la civilisation technicienne.

SL : Oui, mais malheureusement il semble avoir laissé peu de textes liés à l’environnement et son journal contient surtout des textes liés à son activité technicienne.

LGI : Comment savez vous qu’il avait conscience des enjeux environnementaux ?

SL :Il a tout de même laissé quelques textes sur ce thème ainsi qu’une courte auto biographie écrite à l’occasion de ses cinquante ans. Il y explique notamment qu’il a été impliqué dès 1981 à un programme de mesure du taux de CO2 dans l’atmosphère et qu’il a pris conscience des risques de réchauffement climatique dès cette période.

LGI:Le milieu scientifique était donc au courant dès 1981 ?

SL : Bien entendu. Si nous disposons de peu de documents de la période de dématérialisation massive, nous avons paradoxalement beaucoup plus de documents des périodes plus anciennes et nous avons retrouvé des travaux datant de 1895 établissant un lien entre la température moyenne sur notre planète et la concentration en C02 de son atmosphère.

LGI:1895 ? Vous voulez dire 1985 ?

SL : Non, c’est bien à la fin du dix neuvième siècle, en 1895 que ces travaux ont été publiés. Ils sont probablement passés quelque peu inaperçus et ce ne sont pas ces travaux qui ont valu son prix Nobel de Chimie à Svante Arrhenius.

LGI: Nos prédécesseurs connaissaient donc parfaitement les risques qu’ils courraient ?

SL : Dans les milieux scientifiques concernés, incontestablement. Il faudra pourtant attendre 2001 et le rapport du GIEC pour que ce sujet soit réellement porté à l’attention du grand public.

LGI : 2001 ! Que de temps perdu ! Plus d’un siècle après la découverte de l’influence de l’effet de serre sur le climat ! Vingt ans après que ce van der Vlist ait fait ses mesures de CO2 ! Qu’a t-il fait pendant ces vingt années pour prévenir ses contemporains ?

SL : Il explique dans son autobiographie qu’il a hésité mais qu’il a abandonné sa carrière de chercheur pour une activité technique mieux rémunérée. Il s’est également marié et au eu quatre enfants.

LGI : Quatre enfants ! N’avait il pas conscience du niveau de surpopulation de l’époque ? Combien d’habitants comptait notre planète à ce moment ?

SL : Environ cinq milliards et demi lorsqu’ils ont eu leur dernier enfant. Pour comprendre son comportement, il faut savoir que le monde était divisé en « pays » qui se concurrençaient. Eric vivait dans un pays à la population vieillissante qui encourageait les naissances pour conserver un niveau de population stable.

LGI : Eric van der Vlist fait donc des mesures de CO2 et prend conscience des risques de réchauffement climatique en 1981 sans que cela ne change son comportement ? C’est invraisemblable !

SL : Son comportement a été influencé par cette prise de conscience mais dans des proportions qui sont restées limitées.

LGI : Que faisait-il ?

SL : Quand il a quitté institut de recherche où il travaillait sur le CO2, il a rejoint une société pour travailler dans le domaine de la téléphonie mobile.

LGI : Une société ? Vous voulez dire qu’avant cela il était resté en marge de la société ?

SL : Non, les techniciens étaient organisés en groupements appelés « sociétés » ou « personnes morales » dont le but était de grossir et de gagner de l’argent et Eric a rejoint un de ces groupements.

LGI: Ces sociétés devaient être soumises à des impératifs moraux très forts pour mériter le nom de personne morale !

SL : Au contraire… Elles échappaient à tous les principes moraux ou religieux et leurs seules règles étaient d’obéir aux lois en vigueur et de gagner plus d’argent qu’elles n’en dépensaient.

LGI : Pouvez vous nous expliquer ce qu’était la téléphonie mobile ?

SL : Les techniciens avaient développé un besoin irraisonné de rester « connectés » les uns aux autres par l’intermédiaire de téléphones mobiles, qui étaient des petits boîtiers transmettant sons et images au moyen d’ondes électromagnétiques et fonctionnant à l’électricité.

LGI : Encore l’électricité… Ce besoin de se sentir connecté me semble être une curieuse manie ! Eric van der Vlist en était donc à la fois un des initiateurs et un adepte ?

SL : Avant d’en souligner les effets pervers, oui. Mais il ne faut pas exagérer son rôle dans le développement de cette technologie. Il a en effet changé de domaine d’activité alors qu’elle était encore balbutiante.

LGI : Il a donc rapidement perçu le caractère pathologique de ce type de comportement ?

SL : Non, son texte sur les effets pervers du téléphone mobile est assez tardif et date de 2011. Il a changé de domaine d’activité parce que le téléphone mobile était développé par des sociétés multinationales de taille importante dans lesquelles il ne se sentait pas à l’aise.

LGI : Vous nous avez expliqué que le but de ces sociétés était de grossir, les grosses sociétés devaient donc être les meilleures d’entre elles, pourquoi vouloir en partir ?

SL : La plupart des sociétés étaient des structures très hiérarchisées dans lesquelles l’initiative personnelle n’était pas encouragée et dans lesquelles la compétition était fortement encouragée.

LGI : Je pensais que la civilisation technicienne était organisée suivant des principes démocratiques, ce n’était pas le cas ?

SL : Certains pays étaient gouvernés suivant des principes démocratiques mais les sociétés n’étaient pas soumises à cette règle.

LGI : Votre homme a t-il pu échapper à leur contrôle ?

SL : Il a travaillé dans des sociétés de plus en plus petites avant créer une société uni-personnelle pour vendre le résultat de son travail. C’est à ce moment qu’il s’est spécialisé dans ce XML qui permettait d’écrire des textes compréhensibles par les machines.

LGI : Pourquoi ce choix ?

SL : Je suppose que cela devait correspondre à un sujet en vogue à cette époque. Il faut également dire que c’était un sujet « ouvert » dans lequel les contributions de petites structures indépendantes étaient bienvenues.

LGI : Il n’avait pas conscience de la fragilité des documents dématérialisés ?

SL : Si et il a même lancé un projet d’archivage de ces documents. Malheureusement, les archives étaient elles aussi dématérialisées ce qui réduit leur pérennité.

LGI : Je dirais même que ça les rend inutiles, non ?

SL : Non, pas totalement. La boite que nous venons de retrouver contient à la fois les textes d’Eric van der Vlist mais également les archives des documents auxquels il faisait référence ce qui s’avère très précieux à leur compréhension.

LGI : En tout cas, je ne vois pas ce qui évoque une conscience des problèmes environnementaux dans tout cela !

SL : En 1994 il acheté la ferme dans laquelle nous avons retrouvé la boîte noire et a tenté de vivre plus proche de la nature et de réduire son empreinte écologique.

LGI : Ce n’était pas trop tôt pour s’apercevoir qu’il fallait changer de vie !

SL : Non, mais ce changement a été partiel et il a commencé à mener une double vie : la semaine en ville consacrée à des activités techniques et les samedi et dimanche à la campagne à cultiver son jardin.

LGI : J’espère qu’il essayait au moins de minimiser le bilan carbone de ses transhumances hebdomadaires !

SL : Il n’en dit pas grand chose. D’après nos recherches, il utilisait un véhicule appelé « Renault Espace » qui rejetait près de 200g de CO2 par kilomètre et parcourait environ 350 km par semaine, soit 3500 kg de CO2 par an…

LGI : Et à part cela ?

SL : En 2007 et surtout en 2008 il a étendu son activité agricole en achetant un nouveau terrain et en plantant des arbres fruitiers. Il privilégié les variétés anciennes menacées de disparition à court terme. Il a également introduit des moutons et des oies de races à faible effectif pour entretenir ses terrains.

LGI : Cela aurait sans doute été très utile s’il s’était également préoccupé d’atténuer le changement climatique qui allait détruire ces arbres et ces animaux. Est-ce que ses arbres compensait ses émissions de CO2 ?

SL : Non. Il a planté 400 arbres pouvant capter chacun 5kg de CO2, cela ne fait guère que 2000 kg de CO2 par an, ce qui couvre juste 1700 kg de voyages en avion..

LGI : Son engagement s’arrêtait là ?

SL : Il a aussi aidé sa femme Catherine à créer deux magasins de produits dits « biologiques » cultivés et produits sans produits chimiques et avec un impact réduit sur l’environnement. Ces magasins appelés « le Retour à la Terre » essayaient de sensibiliser leurs clients et organisaient des réunions pour débattre de thèmes liés à l’environnement.

LGI : Tout cela semble ridiculement insuffisant ! On a l’impression d’une erreur d’analyse : ses archives sont dématérialisées sans qu’il ne s’interroge sur la pérennité des ressources électriques qui leur sont nécessaires de la même manière qu’il veut sauvegarder des espèces animales et végétales sans s’interroger sur la pérennité de leur écosystème dans son ensemble.

SL : Vous avez mis le doigt sur le cœur du problème et c’est ce que nous aimerions comprendre !

LGI : N’a t-il pas laissé d’indications à ce sujet ?

SL : Si, mais dans un texte difficile à analyser.

LGI : Que voulez vous dire ?

SL : Début 2013, il a écrit un texte atypique, présenté comme une fiction dans lequel il imaginait qu’on retrouve ses écrits après une catastrophe environnementale majeure.

LGI : Tient donc, il avait donc conscience du risque ! Et pourquoi ce texte est-il difficile à interpréter ?

SL : Comment distinguer la fiction du réel ?

LGI : Essayons tout de même ! Sait on ce qui a pu se passer début 2013 pour le pousser à écrire cette « fiction » ?

SL : Au tout début du vingt-et-unième siècle on a pu espérer que la raréfaction des ressources pétrolières allait contraindre la civilisation technicienne à limiter de manière drastique sa consommation d’hydrocarbures et donc sa génération de gaz à effet de serre.

LGI : Et c’est en 2013 qu’on s’est aperçu que ce ne serait pas le cas ?

SL : En tout cas, c’est fin 2012 qu’Éric van der Vlist semble en avoir pris conscience.

LGI : Que c’est il passé ?

SL : Il devenait de plus en plus évident que la civilisation technicienne allait régler, à son habitude, la raréfaction des ressources en hydrocarbures de manière purement technique sans se soucier des conséquences de cette décision.

LGI : Comment cela ? Quand il n’y a plus d’hydrocarbures il n’y en a plus !

SL : Sauf si on va chercher la moindre goutte là où elle se trouve quelque soient les conséquences. Seuls les gisements relativement faciles à exploiter l’avaient été et les techniciens ont développé des technologies permettant d’exploiter des gisements de gaz et de pétrole plus difficiles à exploiter et qualifiés de non conventionnels.

LGI : C’était possible ?

SL : Quand on est prêt à extraire du pétrole en forant le sol à plus de 1500 m sous le niveau de la mer à partir d’énormes radeaux ou à fracturer les roches jusqu’à provoquer des séismes il est toujours possible se trouver des hydrocarbures.

LGI : Ils étaient donc prêts à prendre tous les risques pour prolonger un mode de vie favorisant la production de gaz à effet de serre ?

SL : J’en ai bien l’impression, oui.

LGI : Eric van der Vlist était il isolé dans sa prise de conscience ?

SL : Pas vraiment. L’imminence d’un changement climatique était même assez généralement admise dans les pays européens.

LGI : Si c’est le cas, vu l’importance des enjeux, les hommes et femmes conscients de cette catastrophe imminente n’avaient ils pas de moyens d’actions plus efficaces ?

SL : Beaucoup de gens se sentaient impuissants à faire changer les choses.

LGI : Leur société n’était elle pas organisée de manière démocratique ?

SL : De nombreux pays étaient effectivement régis suivant des principes démocratiques, mais leur mode d’organisation ne semble pas lui avoir permis de prendre les mesures nécessaires.

LGI : Pourquoi ?

SL : C’est un sujet complexe sur lequel nous ne pouvons émettre que des hypothèses.

LGI : Lesquelles ?

SL : Les « sociétés » dont le seul but était de gagner de l’argent dont nous avons déjà parlé ont indéniablement été un des facteurs. Leur développement était tel qu’elles étaient devenues de véritables contre pouvoirs. Les plus grosses d’entre elles étaient « multinationales » et étendaient leur champ d’action sur toute la planète. Leur développement reposait sur la croissance de l’économie elle même liée à l’utilisation de ressources non renouvelables entraînant la production de gaz à effet de serre. Leur importance leur permettait d’exercer des pressions sur toutes les structures scientifiques et politiques et de bloquer les décisions qui leur étaient défavorables.

LGI : Les structures démocratiques ne donnaient elles pas suffisamment de pouvoir aux peuples pour contrer cela ?

SL : Si, mais à condition qu’ils soient correctement informés et que les choix qui leur soient présentés soient réellement ouverts.

LGI : Correctement informés ?

SL : Les sociétés contrôlaient partiellement la recherche scientifique et alimentaient des études dont le but étaient de brouiller les cartes en niant les effets de certains développements technologiques et parfois même la réalité de l’effet de serre et du réchauffement climatique.

LGI : Vous laissez entendre que les options proposées aux peuples n’étaient pas vraiment ouvertes, pourquoi ?

SL : Le pouvoir politique était exercé par une caste de professionnels dont un des buts était de se maintenir au pouvoir. Étant élus, ils ne pouvaient pas se permettre de prendre des décisions impopulaires et ceux d’entre eux qui remettaient en cause la poursuite de la « croissance » économique, nécessairement plus ou moins liée à une croissance des gaz à effet de serre étaient considérés comme des utopistes et leurs propositions écartées d’office.

LGI : Cette société est donc sciemment allé à la catastrophe pour pouvoir continuer à sur-exploiter la planète, cela semble hallucinant !

SL : C’est difficile à comprendre mais les faits sont pourtant là.

LGI : Merci Professeur. Je rappelle que cette semaine nous recevions le Professeur Sean Lafontaine, responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit.

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Prend le gaz de schiste et tire toi

Le 15 novembre dernier, Les Matins de France Culture recevaient Corinne Lepage. Je n’ai pas eu le temps de le faire, mais j’aimerais revenir sur ce haut moment de radio qui me semble bien résumer le débat actuel autour de ce qu’on appelle “hydrocarbures non conventionnels”.

Le débat a opposé Corinne Lepage au chroniqueur Brice Couturier secondé par l’économiste Agnès Bénassy-Quéré. Il était arbitré par le producteur/présentateur Marc Voinchet et  le journaliste politique Frédéric Métézeau.

Vous pouvez retrouver cette émission sur le site de France Culture,la réécouter ou la télécharger. Pour que vous puissiez juger par vous même, je publie également la transcription de la partie qui traite des gaz de schiste à la fin de cet article. Elle se commence 1h49:25 après le début du fichier mp3 téléchargeable sur le site de France Culture.

Le métier des chroniqueurs est de savoir tout sur tout, d’avoir toujours raison et de ne pas admettre la contradiction. La chronique de Brice Couturier a fait l’apologie des gaz de schistes en utilisant quelques arguments imparables :

  •  “les États-Unis qui sont déjà les premiers producteurs de gaz au monde vont devenir dès la fin de cette décennie les premiers producteurs de pétrole en passant de 8 millions de barils par jour aujourd’hui à 12 millions en 2020”
  • “Pouvons nous à la fois fermer des centrales nucléaire, renoncer à toute forme d’exploitation des gaz non conventionnels et prétendre réduire nos émissions de CO2 ?”
  • “Des entreprises françaises comme Total, Vallourec ou Solvay sont déjà en pointe dans cette technologie”.
  • “On sait qu’au sein même du gouvernement Arnaud Montebourg ou Alain Vidalies le souhaitent, mais il s’agit là pour les écologistes qui l’ont fait savoir d’un casus belli. Alors la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?”

Les chiffres indiqués par Brice Couturier concernant les États-Unis sont tirés d’un récent rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie décortiqué par un article des Échos. Par contre Solvay n’est pas une entreprise française. Créé par un inventeur Belge, cette société se définit comme “internationale” et son siège social est à Bruxelles.

La question avec laquelle il clôt sa chronique (“la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?”) est symptomatique. Pourquoi utiliser un terme aussi négatif que “politicien”? Si l’on écoute les écologistes, c’est nécessairement pour des raisons politiciennes? C’est le type de questions auxquelles on s’attend sur Europe 1 ou sur ce qu’est devenu France Inter, mais sur France Culture, pourquoi ne pas avoir posé une vrai question telle que “le politique doit-il l’emporter sur l’industriel (ou l’économie ou la finance)?”?

Semblant être un moment décontenancée,  Corinne Lepage évacue la question (“La question ce n’est pas de savoir si ça fait plaisir aux verts ou si ça fait pas plaisir aux verts. La question est de savoir si c’est notre intérêt ou si ce n’est pas notre intérêt.”) et cherche une première fois à orienter le débat vers le problème de fond :

Le problème est, alors là je ne parle pas pour la France, je parle de problème général, nous allons directement à l’opposé de ce que nous voulions faire collectivement lorsque nous avons dit « pour lutter contre les gaz à effet de serre il faut sortir de la société du pétrole ». Là nous nous enfonçons dans la société du pétrole. Cela veut donc dire que nous prenons délibérément le risque en rajoutant 30, 40, 50, 60 pour-cents, je n’en sais rien, d’hydrocarbures supplémentaires d’augmenter la température non pas de 3 ou 4 degrés à la fin du siècle mais beaucoup plus et de mettre en péril carrément tout notre système. Ça c’est pas vrai seulement pour la France, c’est un problème global, autrement dit, vous parliez d’émission de gaz à effet de serre, pour moi c’est le problème numéro un. Et vous savez comme moi que l’exploitation des gaz de schiste, c’est des émissions de méthane en quantité absolument industrielle, le méthane, la tonne de méthane étant vingt-quatre fois plus grave pour l’effet de serre que la tonne de CO2.

Elle cherchera ainsi plusieurs fois à expliquer que l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels ne fait que prolonger un comportement suicidaire et à revenir sur la nécessité de réduire nos besoins en hydrocarbures pour éviter une catastrophe écologique.

Ses contradicteurs ne lui répondront jamais sur ce point. Sans se donner la peine de contester le réchauffement climatique, ils préfèrent l’ignorer!

Lors d’un échange particulièrement confus où Corinne Lepage et Brice Couturier se coupent mutuellement plusieurs fois la parole, celui-ci montre clairement le peu d’importance qu’il accorde à cet argument majeur qui devrait pourtant se suffire à lui même :

On voulait sortir du pétrole parce qu’il n’y en avait plus, maintenant on nous dit qu’il y en a encore, voyez c’est ça le problème, maintenant on nous dit il y en a encore pour cent ans donc c’est bizarre de reprendre l’argumentation il faut sortir du pétrole.

Corinne le Page tente alors une nième fois de se faire comprendre :

Non monsieur, excusez moi monsieur Couturier. On n’a pas dit ça, on a dit on est obligé de sortir du pétrole parce qu’on en a plus, et on doit en sortir à cause des émissions de gaz à effet de serre, parce que nous devons impérativement réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière à ne pas augmenter de manière déraisonnable la température à la surface du globe.

Elle ne pourra terminer son argumentation sans que Brice Couturier lui coupe à nouveau la parole pour détourner la conversation.

Vers la fin du débat, alors que l’on semblait tourner en rond, Frédéric Métézeau sauve un peu la situation en abordant la question des explorations, donnant l’occasion à Corine Lepage de dénoncer l’hypocrisie de ces contrats dits “d’exploration” :

le problème c’est que, en droit quand vous avez un droit d’exploration vous avez derrière un droit d’exploitation, c’est comme cela que ça marche, il n’y a plus d’appel à la concurrence, c’est terminé. C’est à dire qu’il suffit de délivrer des permis d’exploration à toute une série de gens, ils peuvent geler les terrains pour des années et des années et de toute façon ils auront l’exploitation derrière. …/… Je pense que la recherche c’est à l’état de la faire, alors ensuite qu’il la contrôle, qu’il la fasse pas nécessairement directement mais qu’il la contrôle de manière qu’il n’y ait aucun droit de nature patrimoniale sous quelque forme que ce soit qui soit donné à qui que ce soit tant que l’on ne sait pas ce que l’on fait.

Cela provoque de vives réactions de la part d’Agnès Bénassy-Quéré : “mais alors, comment est-ce que l’état va inciter les entreprises à travailler à fond perdu ?” et de Brice Couturier “c’est une façon de fermer la porte de dire ça, hein, c’est une façon de dire puisque personne n’y aura intérêt personne ne le fera, hein, c’est une façon de fermer”.

Autrement dit, il est hors de question que notre pays investisse pour évaluer les ressources de son sous sol et il est inévitable que l’on accorde des permis “d’exploration” qui donnent des droits d’exploitation que l’on ne pourra plus contrôler…

J’ai gardé l’échange qui m’a fait le plus bondir, celui qui justifie ce long article pour la fin…

Corine Lepage ayant suggéré qu’il n’était peut être pas très urgent d’exploiter les gaz de schiste, Brice Couturier cite Louis Gallois : “Ce que dit Louis Gallois, il dit que si l’on attend trop, justement, on risque de se priver d’une grande part de ressource économique”. Corinne Lepage répond placidement “bah attendez ça partira pas, donc si c’est là c’est là”.

Cela semble évident, mais Agnès Bénassy-Quéré relance le débat dès qu’on lui donne la parole :

Les pays qui ont beaucoup de pétrole ne font pas ce raisonnement. Au contraire, ils veulent sortir leur pétrole relativement vite de leur sol parce que ils se disent il va y avoir une nouvelle révolution industrielle dé-carbonée, l’invention, on l’a pas l’innovation énergétique, euh, l’éolien c’est pas ça, le photo voltaïque c’est pas ça, on l’aura un jour peut être et ils se disent là il y a une fenêtre dans laquelle on va gagner beaucoup d’argent en sortant notre pétrole, mais ce ne sera pas éternel. Donc il y un risque que la France rate une période où il n’y a pas justement cette nouvelle innovation qui nous manque pour faire la croissance verte, qui va venir peut être mais qu’on n’a pas pour l’instant, elle rate cette fenêtre et donc le gaz, pourquoi pas, il restera éternellement sous nos pieds.

Je n’avais jamais entendu cet argument aussi clairement et cyniquement exposé!

Autrement dit : “prenons le gaz de schiste et tirons nous” ou encore “on sait que l’on ne va pas pouvoir continuer à emmètre des gaz à effet de serre très longtemps et que des empêcheurs de polluer en rond vont finir par obtenir gain de cause alors dépêchons nous de brûler le plus d’hydrocarbures possible le plus rapidement possible tant qu’il en est encore temps”.

J’imagine que ces gens là ont du faire les soldes pour isoler leur maisons à l’amiante et les repeindre avec des peintures au plomb juste avant qu’on interdisse ces produits!

Si vous avez encore un peu de temps, lisez la transcription : je trouve ce débat édifiant.

Transcription

France Culture 15 novembre 2012

Note : je n’ai pas voulu “éditer” les paroles échangées lors du débat mais ai au contraire cherché à en faire une transcription aussi fidèle que possible.

1:49:25 MV : Et à huit heures et 18 minutes, je vous rappelle donc, émission politique du matin, aujourd’hui Corine Lepage (CLP) avec Frédéric Métézeau, c’est l’heure de la chronique de Brice Couturier où je vous sens mettre les gaz..

1:49:25 BC : (rires) C’est l’expression, oui, Marc. Écoutez, vous savez peut-être que le ministre des finances vient de l’annoncer, je le cite, je cite le ministre des finances, « nous discutons actuellement d’un nouveau régime fiscal généreux pour encourager le gaz de schiste afin de rester compétitifs vis à vis des États-Unis ». Des incitations fiscales pour l’exploitation de gaz de schiste tels que ceux qui favorisent à prix d’or l’installation d’éoliennes et de panneaux photo-voltaïques ? Allons, allons, rassurez vous les écologistes, il ne s’agit pas de Pierre Moscovici. Non, ce n’est pas du ministre français des finances qu’il s’agit, encore moins d’ailleurs du ministre des finances allemand, même si celui-ci a tendance ces temps ci à s’inquiéter de l’envolée de la facture électrique de l’Allemagne pour cause de tournant énergétique. Mais des élections ont lieu l’an prochain chez nos voisins et la chancelière chrétienne-démocrate est prête à former une coalition avec les verts actuellement crédités de 15 % des intentions de vote. Non, le ministre des finances en question c’est le britannique George Osborne. Chez nous c’est un sujet qui est resté longtemps absent du débat publique mais il est en train d’y faire une percée remarquable. l’Amérique du nord, tant les États-Unis d’Obama que le Canada ont mis en exploitation leurs énormes réserves de gaz et de pétrole non conventionnels. C’est une révolution dans le domaine de l’énergie. Elle a déjà et elle aura des conséquences auxquelles nous ferions bien de réfléchir. Parce que les États-Unis qui sont déjà les premiers producteurs de gaz au monde vont devenir dès la fin de cette décennie les premiers producteurs de pétrole en passant de 8 millions de barils par jour aujourd’hui à 12 millions en 2020. Ils vont cesser complètement de dépendre des approvisionnements pétroliers du Golfe Persique et cela ne sera pas sans incidence sur leur diplomatie. Il n’y aura plus de guerre pour le pétrole, ou plutôt, assurer la liberté de circulation des voies maritimes entre Golfe Persique et Canal de Suez ne sera plus de leur ressort mais de celui des importateurs de pétrole que nous sommes nous les chinois et les européens en particulier. En aurons nous la volonté et les moyens ? Ensuite parce que l’énergie bon marché fournie aux entreprises par ce nouveau moyen n’est pas pour rien dans la ré-industrialisation menée avec succès par Obama et elle explique en partie les relocalisations dont les États-Unis bénéficient en ce moment. Entre parenthèses, le fameux peak oil que le club de Rome prévoyait aux alentours de 1980 et que l’on a cru à nouveau venu vers 2008 semble reculer toujours plus grâce à de nouvelles techniques d’extraction donc méfions nous des peak oils. Mais celles ci, ces techniques d’exploitation, se révèlent de plus en plus problématiques. C’est vrai, l’exploitation des gaz de schiste par la technique du forage directionnel horizontal et d’hydro-fracturation est polluante. En particulier parce qu’elle nécessité l’usage de millions de litres d’eau auxquels on ajoute des produits chimiques dont nul ne sait s’ils ne vont pas se répandre dans les nappes phréatiques si les puits ne sont pas suffisamment étanches. En outre les roches fracturées par ce procédé libèrent des substances toxiques. Alors oui, il faut faire preuve de prudence mais un pays comme le notre qui recèlerait cent fois sa consommation annuelle de gaz dans son sous sol peut il renoncer absolument à toute exploration ? Pouvons nous à la fois fermer des centrales nucléaire, renoncer à toute forme d’exploitation des gaz non conventionnels et prétendre réduire nos émissions de CO2 ? Des entreprises françaises comme Total, Vallourec ou Solvay sont déjà en pointe dans cette technologie, toutes sortes de bons esprits, de Louis Gallois à Michel Rocard plaident pour que notre pays ne referme pas la porte d’une exploitation raisonnable des énormes réserves énergétiques que nous avons sous nos pieds. On sait qu’au sein même du gouvernement Arnaud Montebourg ou Alain Vidalies le souhaitent, mais il s’agit là pour les écologistes qui l’ont fait savoir d’un casus belli. Alors la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?

1:53:25MV : La chronique de Brice Couturier, à retrouver sur franceculture.fr. Corinne Lepage :

1:53:30 CLP Oui… Euh… Alors, je.. On me dirait, monsieur Couturier, sur votre dernière phrase, la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle, je répondrais évidemment non. Mais c’est pas de ça dont il s’agit à mes yeux. La question ce n’est pas de savoir si ça fait plaisir aux verts ou si ça fait pas plaisir aux verts. La question est de savoir si c’est notre intérêt ou si ce n’est pas notre intérêt. Moi c’est comme cela que je pose la question, je ne la pose pas autrement. Alors, premier point, je dirais un point général. Vous avez parlé du peak-oil. Il a eu effectivement lieu pour le conventionnel en 2006, à peu près, 2006 – 2007. Donc maintenant si effectivement on parle de réserves pour des dizaines d’années, c’est précisément par ce qu’on recourt à tout ce que l’on appelle les hydrocarbures non conventionnels, gaz et pétrole, sables bitumineux au Canada, etc, etc… Le problème est, alors là je ne parle pas pour la France, je parle de problème général, nous allons directement à l’opposé de ce que nous voulions faire collectivement lorsque nous avons dit « pour lutter contre les gaz à effet de serre il faut sortir de la société du pétrole ». Là nous nous enfonçons dans la société du pétrole. Cela veut donc dire que nous prenons délibérément le risque en rajoutant 30, 40, 50, 60 pour-cents, je n’en sais rien, d’hydrocarbures supplémentaires d’augmenter la température non pas de 3 ou 4 degrés à la fin du siècle mais beaucoup plus et de mettre en péril carrément tout notre système. Ça c’est pas vrai seulement pour la France, c’est un problème global, autrement dit, vous parliez d’émission de gaz à effet de serre, pour moi c’est le problème numéro un. Et vous savez comme moi que l’exploitation des gaz de schiste, c’est des émissions de méthane en quantité absolument industrielle, le méthane, la tonne de méthane étant vingt-quatre fois plus grave pour l’effet de serre que la tonne de CO2. Ça c’est le premier point.

1:55:23 BC: (lui coupant la parole) D’autres avancent d’autres chiffres en disant que la question des gaz à effet de serre est moindre avec l’exploitation des gaz de schistes.

1:55:29 CLP : Alors, ils comparent par rapport au charbon, mais c’est pas sur parce que le charbon c’est pas du méthane c’est du CO2 et là on a du méthane et le méthane c’est beaucoup plus grave. Et donc vous parliez de fuites et vous avez raison au niveau des nappes phréatiques, mais c’est des fuites de méthane aussi de manière indéfinie. Donc on a un problème général. Deuxièmement, si la France a ce trésor sous les pieds, il va pas partir, il va pas s’enfuir. Vous savez comme moi que c’est pas parce que une baguette magique arriverait et on dirait d’accord, OK, on ouvre les vannes et on fait de l’exploration, vous savez très bien que sur le plan de l’économie française, 2012-2013 c’est effet 0, c’est pas pour maintenant, c’est pour dans plusieurs années, dans 7 ans, 8 ans, j’en sais rien, le temps qu’il faudrait pour faire de l’exploration et passer à une phase d’exploration, autrement dit aucun effet sur la situation économique actuelle. Donc je pense que 1) c’est gravissime, pour moi c’est une régression majeure

1:56:26 BC : (lui coupant la parole) Ce que dit Louis Gallois, il dit que si l’on attend trop, justement, on risque de se priver d’une grande part…

CLP : ben ça partira pas

BC : ressource économique

CLP : bah attendez ça partira pas, donc si c’est là c’est là moi si vous voulez, ce qui me fait très peur c’est tout les procédés autour et alentours, donc on fait pas de fracturation, mais on va aller chercher du pétrole, c’est ce qui se passe sous le Bassin Parisien, les sociétés pétrolières présentent ça sous une autre forme pour essayer de passer, etc, bon personne n’est dupe quand même, première observation. Deuxième observation, c’est les conséquences, nous sommes quand même pas les États-Unis, la France c’est pas le Texas, il a pas du tout les mêmes espaces, il y a des conflits, il va y avoir des conflits d’usage d’eau, des conflits d’usage de territoire, des problèmes sur l’activité agricole et agro-alimentaire etc, etc. Donc très franchement, je pense que sur le plan global c’est une catastrophe pour l’humanité et deuxièmement c’est franchement les avantages ne l’emportent certainement pas sur les inconvénients.

1:57:31MV : “Écologie, économie” disiez vous en première partie, comment concilier les deux, Corinne Lepage, alors comment fait on et débrouille t-on la question de ce que les entreprises françaises sont en pointe sur la question du gaz de schiste à l’étranger, pourquoi ne le seraient elles pas en France ?

1:57:45 CLP : Oui, enfin ça je vais vous dire, on est en face d’une telle

MV : (lui coupant la parole) Je vais vous donner… dans les échos d’aujourd’hui il y a un très bon dossier sur la question d’ailleurs qui fait…

CLP : nos journaux actuellement, ou tout du moins certains d’entre aux ont d’excellents dossiers, extrêmement bien montés, nous sommes en face d’une campagne, pour être correcte je dirais d’information, j’aurais peut être envie de dire un autre mot qui serait désinformation, mais restons sur l’information, extrêmement bien ciselée, on le voir partout, on l’entend partout, et tout est fait pour essayer de faire changer les français d’avis. Sauf que personne en France n’a envie d’avoir une exploitation de gaz de schiste à côté de chez lui, y compris…

1:58;23 MV : On est d’accord pour en acheter à l’étranger. Il y a un paradoxe tout de même

CLP : Parce que les conséquences… c’est des conséquences environnementales. Il y a deux types de conséquences, les conséquences planétaires dont je parlais tout à l’heure qui pour moi plaident en défaveur des gaz de schiste de manière…

MV ; on préfère que les autres exploitent par ailleurs des gaz de schistes que chez nous. Enfin on va en acheter tout de même !

CLP : Oui, on achète du pétrole parce qu’on en a pas vraiment chez nous…

BC : Mais là justement on en a. Je cite Rocard, Michel Rocard, c’est quand même pas un va t-en guerre ultra libéral victime des lobbys pétroliers ! Voilà ce qu’il dit, Michel Rocard dans le monde

CLP : Oui, j’ai lu

BC : « La France est bénie des dieux, pour l’Europe elle serait au gaz se schiste ce que le Qatar est au pétrole, peut-on s’en priver ? Je ne le crois pas. » C’est du Rocard.

1:59:02 CLP : Oui, c’est du Rocard et d’un autre côté il dit «je suis écologiste et donc je suis très partagé » donc on cite que cette partie là et on cite pas l’autre où il est quand même beaucoup plus mesuré. Autrement dit vous risquez, en dehors de la question majeure qui pour moi est d’investir massivement pour sortir du pétrole, et je pense que nous sommes aussi une terre bénie des dieux pour le faire parce que nous avons tout ce qu’il faut en terme

BC : On voulait sortir du pétrole parce qu’il n’y en avait plus, maintenant on nous dit qu’il y en a

CLP : non, non, non

BC : encore, voyez c’est ça le problème

CLP : pas du tout

BC : maintenant on nous dit il y en a encore pour cent ans

CLP : non

BC : donc c’est bizarre de reprendre l’argumentation il faut sortir du pétrole

CLP : Non monsieur, excusez moi monsieur Couturier. On n’a pas dit ça, on a dit on est obligé de sortir du pétrole parce qu’on en a plus, et on doit en sortir à cause des émissions de gaz à effet de serre, parce que nous devons impérativement réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière à ne pas augmenter de manière déraisonnable la température à la surface du globe. Vous vous rendez compte de

BC : vous vous rendez compte que pendant ce temps à les allemands sur la base du même principe sont en train de polluer toute l’Europe avec du charbon, parce que comme il ont renoncé

CLP : de moins en moins

BC : comme on renonce à la fois au nucléaire et on renonce au gaz de schiste on renonce à tout finalement et qu’est ce qui reste, le charbon et

CLP : non, pas du tout

BC : c’est quand même la calamité absolue le charbon

CLP : ils réduisent

BC : et les chinois aussi ils utilisent

CLP : alors premièrement ils

MV : Corine Lepage

CLP : ils ont des procédés d’utilisation du charbon qui sont quand même beaucoup moins polluants qu’ils n’étaient et deuxièmement je vous donne rendez vous dans cinq ou dix ans quand vous allez avoir une industrie allemande qui va être partout leader sur tout les nouveaux marchés qui vont être ceux de efficacité énergétique et des énergies renouvelables et que nous on sera encore à nous poser des questions sur les gaz de schistes et à continuer sur le nucléaire

BC : Mais tout de même, Corinne Lepage, mettant autant d’énergie à luter contre l’exploitation des gaz en France qu’on devrait en mettre par exemple sur le fait que les compagnies pétrolières du monde entier, notamment françaises, détruisent un pays comme le Nigeria aujourd’hui dont on ne résout toujours pas toutes les questions où les … sont effectivement morts, dont la population est accablée de toutes les maladies et où personne, strictement personne ne fait rien, au nom de notre indépendance énergétique.

CLP : Je suis complètement d’accord avec vous

BC …

CLP : oui, mais au Nigeria il s’est quand même passé une chose très intéressante c’est que BP s’est fait condamner à une amende absolument massive par les tribunaux nigérians

BC : encore faudra t-il qu’elle la paye

CLP : Oui c’est possible, mais n’empêche que, je revient un peu à mon dadas, on parlait tout à l’heure de la société civile, qu’est-ce qui est en train d’essayer de réorganiser un peu les pouvoirs dans ce monde, c’est la société civile et la justice. Parce que vous avez le Nigeria effectivement pour le pétrole et vous avez dans d’autres pays aussi du sud, où vous avez des actions de ce genre qui sont menées. Donc, je crois que les citoyens se rendent tout à fait compte de ce qui est en train de se passer. Et je suis très, très attentive aux questions de l’économie

BC : Beee

CLP Je me dis

MV : Attendez, justement je vais passer la parole à Agnès Bénassy-Quéré. Economie/écologie, est-ce que dans cette question des gaz de schistes on est dans des conflits insolubles

2:02:00 ABQ : je voulais revenir rapidement sur le gaz ne va pas s’échapper, il est sous nos pieds, il va rester

CLP : Oui, et bah oui

ABQ : C’est un argument qui est tout à fait bon si par exemple on fait de la recherche par exemple pour voir s’il y une autre technique. Bon je sais qu’il y a des problèmes avec le code minier, etc. Mais sinon ça ne sert à rien, les pays qui ont beaucoup de pétrole ne font pas ce raisonnement. Au contraire, ils veulent sortir leur pétrole relativement vite de leur sol parce que ils se disent il va y avoir une nouvelle révolution industrielle dé-carbonée, l’invention, on l’a pas l’innovation énergétique, euh, l’éolien c’est pas ça, le photo voltaïque c’est pas ça, on l’aura un jour peut être et ils se disent là il y a une fenêtre dans laquelle on va gagner beaucoup d’argent en sortant notre pétrole, mais ce ne sera pas éternel. Donc il y un risque que la France rate une période où il n’y a pas justement cette nouvelle innovation qui nous manque pour faire la croissance verte, qui va venir peut être mais qu’on n’a pas pour l’instant, elle rate cette fenêtre et donc le gaz, pourquoi pas, il restera éternellement sous nos pieds.

CLP : Alors je vais répondre à cela. D’abord vous dites on l’a pas, moi je vois quand même ce qui se passe au niveau européen, je vous des pays comme l’Allemagne qui disent nous allons être à 40 % d’énergie renouvelable en 2020, c’est à dire demain matin, par conséquent je pense au contraire que, notamment sur l’éolien offshore, je pense sur les énergies marines, je pense sur le photo voltaïque je pense bien sur que les sociétés européennes sont en difficulté parce que le prix des cellules a chuté à cause des chinois dans des proportions tout à fait considérables, mais aujourd’hui vous avez un kW/h éolien qui est inférieur au kW/h qui sortira des nouvelles centrales nucléaires. Donc je crois qu’on peut pas dire qu’on y est pas, je pense précisément qu’on est en train d’y être et ce qui m’inquiète c’est les choix énergétiques que la France est en train de faire sur le plan industriel. Je parle pas d’écologie là, je parle d’industrie, je pense que nous sommes en train de louper précisément cette grande fenêtre de tir. Vous parliez d ‘énergie dé-carbonée, c’est précisément tout cela et ce qui se joue aujourd’hui c’est cale. Faut bien comprendre qu’investir massivement dans les gaz de schiste c’est quoi ? C’est avoir très vite une énergie qu’on va pas payer très cher même si on va la payer beaucoup plus cher qu’aux États-Unis contrairement à ce qu’on nous raconte parce que même aux États-Unis aujourd’hui on va être obligé de capter le méthane ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant donc vous allez avoir un coût beaucoup plus élevé puis aux États-Unis vous avez des actions en réparation et les compagnies pétrolières elles vont payer pour les dommages immenses qu’elles on causé et donc c’est maintenant que la facture va venir, mais ça c’est un détail, mais vous allez avoir une difficulté de rentabilité des énergies renouvelables, précisément parce que vous allez avoir pendant un court moment une énergie qui va être probablement moins chère, ça c’est vrai mais avec des conséquences irréversibles ou très chères que nous allons payer après donc je ne suis pas sure que ce soit notre intérêt. Moi je suis fermée à rien, là où je ne suis pas d’accord, c’est quand on a des dés pipés, qu’on arrive pas à avoir des évaluations économiques correctes, des avantages et des inconvénients des différentes solutions.

2:04:58 MV : Mais, a t-on une évaluation scientifique, je pose la question sans malice, correcte ? Parce que on entend bien, absolument, ceux qui disent c’est très dangereux, voilà, et on en entend d’autres, alors, est-ce qu’ils sont soumis à des lobbys ou pas, je n’en sais rien mais on entend

BC : Mais pourquoi les premiers ne seraient pas aussi soumis à des lobbys ?

CLP : parce qu’ils ne cherchent pas d’argent

MV : … dans le Monde disait qu’il est possible d’exploiter je cite, proprement le gaz de schiste moyennant de gros investissements technologiques, il a rajouté, voilà, le jeu en vaut la chandelle a t-il affirmé.

CLP : Écoutez, moi j’en sait rien. On a auditionné beaucoup de gens au parlement européen puisque moi je suis rapporteur sur le texte sur les gaz de schiste, je peux vous dire qu’on est en face d’un lobbying absolument démentiel

BC : Mais il y a un lobbying des deux côtés, il y a un lobbying de l’éolien qui est très efficace aussi, hein

CLP :…

BC : Ah oui, hein

CLP : Il est beaucoup plus petit et je peux vous dire qu’ils se font beaucoup moins entendre que les autres et ils ont beaucoup moins de moyens

BC : Auprès des médias je peux vous dire que c’est assez équivalent

CLP : Peut être mais auprès des députés c’est pas de même niveau et donc pour l’instant on est entrain d’essayer de nous empêcher

MV : en tout cas ils ont fait du lobbying pour éviter André de Margerie ici et il n’est toujours pas venu

CLP : de nous empêcher de passer une législation, parce que voyez vous s’il y avait une législation, le minimum c’est qu’il y ait une étude d’impact, c

BC : Vous demandez quoi précisément qu’on comprenne bien, sur la question

CLP : une législation

BC : sur la question de la sûreté, de la sécurité

CLP : bon, et bien, à minima, mais je maintiens et je le redis parce que pour moi c’est essentiel, c’est rétrograde parce que l’on fait de la régression par rapport à une société post-pétrolière, pour moi, ça c’est majeur. Mais admettons qu’on aille dans cette direction là

BC : voilà !

CLP : Minimum : une étude d’impact, obligatoire au départ, un système de responsabilité illimité, pour tous les dommages causés et une obligation d’assurance

BC : C’est l’avocate qui parle

CLP : C’est le juriste

BC ; Le juriste, oui

CLP : Parce que c’est très facile d’aller cochonner et j’emploie un mot poli une région entière et ensuite de dire je suis en faillite et débrouillez vous, c’est ce qu’on eu avec Metaleurop, c’est ce qu’on a avec beaucoup de raffineries de pétrole, de sociétés de raffineries de pétrole qui vendent à des filiales ou d’autres sociétés qui n’ont pas un centime qui exploitent pendant un an, elles sont en faillite, et personne ne paie sauf vous et moi. Donc ça suffit. Par voix de conséquence, si on avait un système comme cela, c’est responsabilité illimitée et garanties financières qui vont avec. Et bien je vous assure que le coût il sera d’une autre nature que ce que l’on nous raconte aujourd’hui.

MV : Frédéric Métézeau

FM : Oui, Corine Lepage, deux éléments pour nourrir le débat : avant hier mardi, la plus grande centrale solaire a été mise en service en Lorraine par EDF, donc de l’argent public et dans votre tribune publiée dans le Monde ce même jour, mardi « gaz de schiste a ses lobbyistes » vous écrivez « si le gaz de schiste présente un enjeu stratégique pour la France, alors la recherche et le recensement public des réserves ne peut se faire que par l’état ». EDF d’un côté, l’état de l’autre, est-ce que cela veut dire que la politique énergétique et l’action énergétique doivent revenir dans le giron de l’état et pas dans des sociétés privées que ce soit une énorme boite ou une PME ?

2:07:53 CLP : Je vais vous dire ? Ce qui me fait peur dans l’affaire de l’exploration. Moi je comprend bien qu’on dise on veut savoir, c’est logique

MV: Donc c’est bien la question de l’exploration

CLP : Oui, le problème c’est que, en droit quand vous avez un droit d’exploration vous avez derrière un droit d’exploitation, c’est comme cela que ça marche, il n’y a plus d’appel à la concurrence, c’est terminé. C’est à dire qu’il suffit de délivrer des permis d’exploration à toute une série de gens, ils peuvent geler les terrains pour des années et des années et de toute façon ils auront l’exploitation derrière. Donc ça c’est pas possible donc c’est la raison pour laquelle, parce que je ne suis pas quelqu’un qui suit pas fermé, j’essaye encore une fois, … C’est pas politicien, le choix entre industrie et politicien, non, c’est quel est l’intérêt général des français. Donc si c’est ça je pense que la recherche c’est à l’état de la faire, alors ensuite qu’il la contrôle, qu’il la fasse pas nécessairement directement mais qu’il la contrôle de manière qu’il n’y ait aucun droit de nature patrimoniale sous quelque forme que ce soit qui soit donné à qui que ce soit tant que l’on ne sait pas ce que l’on fait.

ABQ : Mais alors, comment est-ce que l’état va inciter les entreprises à travailler à fond perdu ?

BC : C’est une façon de fermer la porte de dire ça, hein, c’est une façon de dire puisque personne n’y aura intérêt personne ne le fera, hein, c’est une façon de fermer

CLP : Non, bah heuh, ça peut être une négociation autour effectivement du code minier de la manière dont on rémunère un simple permis de recherche pour savoir si il y en a ou s’il n’y en a pas. Mais je crois que c’est quelque chose de très très important.

2:09:12 BC : Je voudrais revenir à l’économie parce que ça me paraît fondamental. Il faut comprendre qu’aujourd’hui si les États-Unis sont en train de se réindustrialiser et c’est une des raisons pour lesquelles Obama a été élu, c’est précisément que les industriels américains aujourd’hui paient leur énergie deux fois et demi moins cher que nous

CLP : c’est vrai, c’est vrai

BC : hors les allemands la payent beaucoup plus cher et c’est pas sans rapport avec leur transition énergétique. Il faut savoir qu’aujourd’hui effectivement vous avez raison le solaire, l’éolien et l’hydraulique représentent 20 % de la consommation allemande d’électricité contre 17 % l’année précédente. Bon 20 % c’est pas mal, l’objectif est de 35 %

CLP : Ils viennent de 6 ou 7, hein, ils viennent de très très loin.

BC : c’est vrai, c’est vrai mais en attendant la facture énergétique allemande est devenue tellement considérable que les industriels allemands s’inquiètent beaucoup de la traduction en terme de compétitivité de l’industrie allemande. Nous même qui avons un super problème de compétitivité bien plus grave que celui des allemands est-ce que nous pouvons de ne pas exploiter nos ressources énergétiques qui nous permettraient de faire baisser la facture de nos industriels.

CLP : On a une électricité qui est très bon marché en France.

BC : C’est vrai. Grâce au nucléaire.

CLP : Oui, grâce au nucléaire mais elle est très bon marché. Qu’on paie pas notre prix, ça c’est une autre affaire, mais juste un mot pour dire, vous parlez des entreprises, juste un mot pour les particuliers, le ménage allemand paie le kW/h beaucoup plus cher que le ménage français mais paie une facture qui est moins chère que la facture du ménage français parce que l’efficacité énergétique en Allemagne c’est 35 % supérieur à l’efficacité énergétique en France.

ABQ : Pour que le tableau soit complet, le ménage allemand paie son énergie beaucoup plus cher que l’entreprise allemande. Donc ça m’amène à la question : en France qui doit payer la transition énergétique ? Le gouvernement vient d’annoncer qu’il va y avoir une fiscalité écologique qui va arriver. Qui doit payer ça ? Est-ce que ce sont les ménages, avec un risque sur leur pouvoir d’achat ou est-ce que ce sont les entreprises avec un risque sur la compétitivité ?

MV : François Hollande a dit que cette transition devait conduire la France à devenir une société sobre en carbone à l’horizon 2050.

 

Il ne sera plus question de gaz de schiste pendant le reste de l’émission…

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Le choc des photos

Ne cherchez pas de référence à l’écologie ou l’environnement dans le clip officiel de campagne de François Hollande : il n’y en a pas.

Ce qui s’en rapproche le plus sont sept séquences fugitives de 5 secondes au total lorsqu’il parle de la France :

  • Un tracteur labourant un champ immense
  • Un homme poussant une carcasse de bœuf dans un abattoir
  • Un autre poussant un chariot de pommes parfaitement calibrées dans une immense halle, sans doute un hypermarché
  • Une laborantine dans l’exercice de ses fonctions
  • Un Airbus A 380
  • Un TGV
  • Un viaduc, sans doute celui de Millau

Elles défilent très vite et je les ai capturées pour pouvoir les regarder plus facilement :

Pourquoi avoir choisi ces images?

Pourquoi les passer à un rythme subliminal?

Où est le changement?

Jugez par vous même, ces sept plans apparaissent de la 45ème à la 50ème seconde :


Clip officiel de campagne de François Hollande par francoishollande

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Le temps de l’utopie

Je n’ai pas encore regardé le film, mais je viens de terminer la lecture des Sentiers de l’Utopie, un livre-film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan.

J’ai beaucoup aimé cette balade parmi quelques hauts lieux de l’Utopie en Europe et cette lecture renforce mon sentiment que pour surmonter la crise que nous vivons, les seules solutions réalistes sont celles qui sont qualifiées d’utopiques!

En 2008 déjà, en lisant les motions déposées pour le congrès de Reims du PS, j’avais été surpris de remarquer que la seule motion qui semblait prendre pleine conscience de l’ampleur de la crise et proposer des solutions proportionnées était la motion “F” du mouvement Utopia.

L’utopie a mauvaise presse : les utopies que l’on a voulu appliquer à grande échelle au vingtième siècle se sont toutes soldées de manière tragique.

Si aujourd’hui les utopies sont les seules à proposer des solutions réalistes, c’est que nous sommes à un moment charnière où pour sauver notre civilisation il nous faut modifier profondément nos habitudes pour instaurer plus d’équité ce qui est habituellement qualifié d’utopiste.

Les Sentiers de l’Utopie nous font découvrir des lieux qui expérimentent, chacun à sa manière, des modes d’interaction différents. Ce ne sont pas des dogmes à suivre aveuglément mais autant de laboratoires dont les découvertes seront précieuses pour trouver des solutions plus générales.

Pour terminer ce billet, deux images glanées hier soir dans un Paris où il allait geler opour la première fois de l’hiver alors que je me rendais à pieds à la conférence de Christian Vélot sur les plantes mutées à la mairie du deuxième arrondissement :

  • une terrasse ouverte et chauffée, où l’on chauffe l’extérieur pour que quelques consommateurs puissent déguster une bière à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur.
  • à quelques mètres, un sans abri se recroqueville, adossé à un sac à dos pour se préparer à passer la nuit qui sera glaciale.

Un gaspillage inutile de ressources non renouvelables dont les plus démunis sont totalement dépourvu, comment mieux illustrer la crise dans laquelle nous nous enfonçons?

 

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SOPA, PIPA, Owark and long term preservation

We use to distinguish things that are eternal and those that are ephemeral, but how valid is our judgment?

Take Wikipedia for instance. I used to take for granted that Wikipedia was here for ever, up and running and ready to send me any version of any page in any language and I was wondering how useful it is for my Owark project to archive Wikipedia pages.

Here come SOPA and PIPA and suddenly we realize that Wikipedia is threatened:

Wikipedia would be threatened in many ways. For example, in its current form, SOPA could require Wikipedia to actively monitor every site we link to, to ensure it doesn’t host infringing content. Any link to an infringing site could put us in jeopardy of being forced offline. The trust and openness that underlies the entire Wikipedia project would be threatened, and new, restrictive policies would make it harder for us to be open to new contributors.

If we can read the Odyssey today, it’s not because its original “editor” has been able to preserve it, but because “Lots of Copies Keep Stuff Safe” and enough copies had been spread to insure its transmission.

If Wikipedia (or any other website) are weaker than we use to think and can be closed down, we need to spread as many copies as possible and this is really what Owark is about.

Now, is that enough?

I have mixed feelings when I read (twitted by Karl Dubost and written by Sarah Lacy) that:

Long-term there’s no future in printed books.

I understand the point and there may be no future in printed books medium term, but electronic books depends on cheap and ubiquitous electricity and I wouldn’t bet that this will be the case long term!

We know that sooner or later we will have to dramatically reduce our power consumption and we don’t know how smooth or brutal will be the transition.

If we are wise enough to manage a smooth transition, the industry might be able to adapt itself.

If not, there is a serious risk is that many books or web pages, digital photos, songs, music, videos that rely on cheap energy are simply lost forever!

Should we print web pages to archive them?

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Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre Rive Gauche

En attendant la publication des photos et vidéos sur le site du Retour à la Terre, voici le texte que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration officielle du magasin de la Rive Gauche le 18 janvier.

Catherine est inquiète parce qu’elle ne sait pas ce que je veux vous dire ce soir…

Elle me connaît pourtant bien puisque cela fait plus de trente ans que nous vivons ensemble !

Nous avons la chance d’avoir étudié dans une grande école (l’École Centrale) où nous nous sommes rencontrés mais avons toujours eu du mal à nous intégrer au monde des grandes entreprises.

Je l’ai devancé en devenant consultant indépendant il y a bientôt quatorze ans.

Lorsqu’elle a souhaité à son tour quitter Renault il y a quatre ans, nous avions un peu d’économies, pas beaucoup parce que l’argent n’a jamais été notre objectif principal mais suffisamment pour acheter par exemple un petit deux pièces dans le quartier où nous habitons.

Nous avons décidé d’utiliser ce petit pécule pour qu’elle puisse mener à bien un projet qui lui tenait à cœur et quatre ans plus tard sommes réunis ici pour inaugurer son deuxième magasin.

Le succès est donc au rendez vous.

Quarante emplois directs (et au moins la moitié d’emplois indirects) ont été crées et des dizaines de milliers de clients ont été sensibilisés aux problèmes environnementaux et ont mangé bio et d’une manière plus responsable.

Je suis très fier de Catherine pour ce succès.

Je suis également heureux de voir qu’elle s’est épanouie professionnellement pendant ces quatre années comme jamais auparavant.

Je le suis un peu moins de la voir fatiguée comme elle ne l’a jamais été.

Quand on rentre dans un des deux magasins du Retour à la Terre, ce que l’on voit peut sembler facile et tomber sous le sens.

Je vis aux côtés de Catherine et je peux vous dire que créer ce cercle vertueux est au contraire un combat de tous les instants :

  • Un combat contre les concurrents de la grande distribution et d’autres commerces spécialisés qui n’ont pas les mêmes exigences.
  • Un combat contre les fournisseurs quand ils glissent dans leurs catalogues des produits certifiés AB mais contenant des arômes non bio, sur-emballés, pleins d’huile de palme, ou importés de l’autre bout de la planète alors qu’ils poussent chez nous.
  • Un combat contre les clients qu’il faut éduquer et à qui il faut expliquer pourquoi ils ne trouveront chez nous ni tomates, ni litchis ni foie gras pour leurs réveillons.
  • Un combat au sein de la coopérative Biocoop pour essayer de maintenir une ligne aussi droite que possible.
  • Et parfois même un combat au sein de l’équipe qu’il faut convaincre que le magasin doit être impeccablement tenu, qu’il vaut mieux faire 40 commandes à 40 petits producteurs qu’une seule commande à un industriel et parfois même pourquoi travailler plus pour gagner plus n’est pas une bonne idée et pourquoi seule Catherine et dans une moindre mesure nos deux directeurs de magasin peuvent faire des heures supplémentaires au Retour à la Terre.

Je sais que ce type de combat est chose courante pour beaucoup de nos invités.

Insecticides, plastiques, déchets, cancers, OGM, brevets sur le vivant, grande distribution, industrie de la viande, villes en transition, paysans sans terre, nucléaire, gaz de schiste, … au cours des débats organisés par Catherine, je me suis souvent senti dérouté et découragé par la diversité de ces luttes.

Il y a pourtant une constante : le refus de la marchandisation des biens communs de l’humanité.

Prenons par exemple le problème de l’eau, particulièrement éloquent parce qu’il représente un combat que beaucoup considèrent comme déjà perdu.

L’eau est essentielle à la vie, elle recouvre 72% de notre planète et notre corps est composé d’eau à 65%.

Pourtant, vous souvenez vous quand vous avez bu pour la dernière fois de l’eau qui ne soit pas « produite » par une des multinationales qui se sont emparé de son « marché » ou par une des rares compagnies des eaux qui soit publique ?

Pour moi, c’était en juillet dernier, en randonnée avec notre fils Samuel à plus de 2000m d’altitude dans les Alpes.

Et même dans un endroit aussi préservé, il nous a fallu filtrer l’eau des torrents de montagne dans un filtre en céramique, merveille de haute technologie suisse, pour la boire sans risque.

Cet accaparement de l’eau, des semences, de la nourriture, des terres, du sous sol, des idées, des déchets, de l’énergie, des logiciels, des données privées, de l’argent, … et même du « droit à polluer » par quelques privilégiés qui contrôlent une poignée de multinationales est intolérable sur le plan des principes, mais aujourd’hui il ne s’agit plus ce cela.

Le problème est pourtant simple.

Nous sommes 7 milliards sur une planète aux ressources finies qui ne peut nourrir sa population de manière durable que si ses ressources sont exploitées de manière raisonnable et distribuées avec un minimum d’équité et c’est précisément de cela dont il s’agit pour chacun de ces combats.

Combattre les dérives actuelles sous toutes leurs formes n’est plus seulement une question de principes mais une question de survie pour nous et pour notre civilisation !

Merci à tout ceux qui mènent cette lute essentielle à leur manière et sur tous les fronts.

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Social ET environnement

En rédigeant le compte rendu de la soirée de lancement de la deuxième saison des artisans du changement je me suis rendu compte que bien que cette série soit consacrée à l’entrepreneuriat social, les intervenants avaient largement placé la soirée sous le thème du développement durable.

Un peu plus tard, en lisant le programme du festival bobines sociales, j’ai pu constater que la plupart des films présentés auraient leur place dans un festival sur la protection de l’environnement.

Ces deux exemples montrent bien que l’on prend de plus en plus conscience que les problèmes sociaux et environnementaux sont étroitement liés et quasi indissociables :

  • on ne peut protéger l’environnement que si l’on fournit aux populations des moyens de vivre sans piller la nature
  • à l’inverse, dans une planète surexploitée le mythe de la croissance illimitée n’est pas viable et on ne peut fournir des moyens de vivre convenablement au plus grand nombre qu’en modifiant la répartition des richesses pour préserver l’environnement.

En schématisant, et en définissant le fait d’être “de gauche” comme celui de placer l’équité sociale au tout premier plan, je pense qu’il ne devrait plus être possible d’être de gauche sans être écologiste ni d’être écologiste sans être de gauche…

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