Ittoqqortoormiit

Ittoqqortoormiit, Juillet 2058

La Gazette d’Ittoqqortoormiit : Professeur Sean Lafontaine, vous êtes responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit. Pouvez vous nous expliquer en quoi consiste votre activité et quelles sont ses particularités ?

Sean Lafontaine : La technicologie est la branche de l’archéologie consacrée à la civilisation technicienne. Bien que cette civilisation soit beaucoup plus récente que celles qui sont étudiées par les autres branches de l’archéologie les matériaux disponibles posent de tels problèmes d’interprétation qu’une véritable approche scientifique de type archéologique est nécessaire.

LGI : Quel type de problèmes ?

SL : À la fin du siècle dernier cette civilisation a amorcé un processus de « dématérialisation » de sa production intellectuelle. Cette dématérialisation se traduisait par un stockage dit « électronique » des documents (écrits, photos, sons, films, …). Les technologies employées pour ce stockage étaient variées mais dans tous les cas il était nécessaire de disposer de compétences technologiques et d’énergie électrique pour accéder aux informations « dématérialisées ».

LGI : Autant dire en effet que l’accès à ces ressources est désormais réservé à des spécialistes ! Comment faites vous pour résoudre ces problèmes ?

SL : Notre laboratoire a l’autorisation de produire, de manière strictement contrôlée bien entendu, l’énergie électrique dont il a besoin pour poursuivre ses recherches. En ce qui concerne les connaissances technologiques, c’est une discipline à part entière, au même titre que la sigillographie ou l’épigraphie pour prendre deux exemples plus connus. En technicologie nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des témoins vivants ayant utilisé ces technologies. Ces survivants sont peu nombreux mais leurs témoignages ont été précieux pour établir les bases de notre discipline.

LGI : Parlez nous de cette mystérieuse boîte noire découverte le mois dernier…

SL : Nous avons découvert une petite boîte parallélépipédique, de 101 mm de largeur, 115 mm de longueur et 27 mm d’épaisseur, pesant moins de 400g dans une ruine située en zone rurale au nord ouest de la diagonale sèche. Cette boîte métallique portait des signes suggérant une utilisation de type « dématérialisation ».

LGI : Pouvez vous préciser quels sont ces signes pour que nos lecteurs puissent vous alerter s’ils trouvaient des objets de ce type ?

SL : Les zones que nous habitons maintenant étaient quasiment désertes avant le changement climatique et il est peu probable d’y trouver de tels objets, mais il peut tout de même être utile que vos lecteurs sachent reconnaître ces objets… Leur formes et leur dimensions sont très variées et la manière la plus fiable de les identifier est la présence de « connecteurs » . Les connecteurs sont de petits trous souvent rectangles ou ronds et dans lesquels on distingue parfois des éléments en cuivre.

LGI : Merci professeur. Je peux maintenant vous poser la question qui me brûle les lèvres… Cette boîte noire livrera t-elle ses secrets ?

SL : Oui, et ils sont fabuleux ! Hier notre équipe a enfin réussi à la faire parler. Il nous faudra plusieurs mois pour exploiter les documents qui nous sont dévoilés. Nous avons déjà identifié plus de 100 000 lettres électroniques, 50 000 photos, plusieurs heures de films mais ce n’est qu’une infime partie du contenu de la boîte et il y a beaucoup documents dont nous ne comprenons pas encore la nature.

LGI : Autant de documents dans un si faible volume !

SL : Oui, nous estimons que l’on pouvait stocker plus de mille milliards de caractères dans cette boîte.

LGI : Les prouesses techniques de cette civilisation sont vraiment surprenantes, quel dommage qu’elle n’ai pas su maîtriser les utilisations de ses technologies !

SL : L’historien que je suis se garde bien de porter un jugement de valeur sur l’objet de ses recherches, mais je dois avouer que je suis effectivement souvent surpris par les performances des objets que j’étudie.

LGI : Pour obtenir de telles prouesses, cette boîte noire devait produire beaucoup de CO2 !

SL : Pas de manière directe, non. Nos mesures montrent qu’elle consomme moins de 10W, ce qui représente, même avec un mode de production d’électricité à forte émission en CO2, moins de 250 g de CO2 par jour (quatre fois moins que la respiration humaine). Par contre pour être utile cette boîte a besoin d’être connectée à un ensemble d’équipements (pour visualiser les informations, les échanger avec d’autres machines, …). Si l’on considère l’ensemble de ces équipements, la production de CO2 est considérable.

LGI : Sait on à quoi servait cette boîte noire ?

SL : Nous pensons qu’elle servait d’archive. Les données matérialisées devaient être dupliquées et entreposées dans plusieurs équipements pour survivre à la destruction de l’un d’entre eux.

LGI : Dans ce cas, c’est un peu comme les livres dont la pérennité est assurée par la dissémination ! Que faisait cette boîte dans une zone rurale ?

SL : Nous pensons que son propriétaire avait deux résidences, une en ville et une à la campagne et qu’il avait des archives dans chacune de ses résidences.

LGI : Malin… Mais vous avez donc pu identifier son propriétaire ?

SL : Il s’appelait Éric van der Vlist et nous cherchons à cerner ses habitudes et sa personnalité.

LGI : Vous avez donc suffisamment d’informations pour cela ?

SL : Oui, nous avons retrouvé beaucoup de messages dont certains sont très personnels ainsi que des photos.

LGI : Quel était son métier ?

SL : Il travaillait dans le domaine de la dématérialisation de l’information. Les machines avaient pris une telle importance que les documents étaient écrits de manière à être compréhensibles par les machines avant de l’être par l’homme ce qui complique d’ailleurs notablement leur compréhension. Pour cela il existait plusieurs vocabulaires concurrents. Eric van der Vlist était spécialiste d’un de ces vocabulaires appelé XML. Son activité professionnelle principale était de conseiller des entreprises dans l’utilisation de ce vocabulaire. C’était un expert reconnu et il se déplaçait en avion pour rencontrer ses pairs lors de grandes réunions appelées conférences.

LGI : En avion ? Pour un motif aussi futile ? Il n’avait donc aucune conscience des enjeux environnementaux ?

SL : Effectivement, il faisait chaque année un voyage à Montréal (1400 kg de CO2) et un à Prague (300 kg de CO2) mais c’était une pratique courante à l’époque et ces réunions regroupaient des centaines de personnes. Pour en revenir à votre question, ce qui rend notre découverte particulièrement intéressante, c’est que contrairement à ce que vous pouvez penser, Eric avait un niveau de conscience des enjeux environnementaux plutôt élevé par rapport à ses contemporains.

LGI: Ce niveau de conscience ne le rend il pas d’autant plus coupable ?

SL : Mon activité est une activité d’historien et il ne m’appartient pas de juger les comportements. Par contre l’étude de sa personnalité peut nous aider à comprendre pourquoi cette civilisation a été incapable de stopper et même de freiner la catastrophe écologique qu’elle alimentait et dont elle avait conscience.

LGI : Et ce van der Vlist vous semble donc un sujet intéressant de ce point de vue ?

SL : Indéniablement. Notamment parce qu’il est né en 1958, au moment charnière où la civilisation technicienne a semblé perdre le contrôle de sa propre évolution. Sa vie coïncide avec le dernier acte de cette civilisation.

LGI : Si je comprend bien, c’est un témoin privilégié de la chute de la civilisation technicienne.

SL : Oui, mais malheureusement il semble avoir laissé peu de textes liés à l’environnement et son journal contient surtout des textes liés à son activité technicienne.

LGI : Comment savez vous qu’il avait conscience des enjeux environnementaux ?

SL :Il a tout de même laissé quelques textes sur ce thème ainsi qu’une courte auto biographie écrite à l’occasion de ses cinquante ans. Il y explique notamment qu’il a été impliqué dès 1981 à un programme de mesure du taux de CO2 dans l’atmosphère et qu’il a pris conscience des risques de réchauffement climatique dès cette période.

LGI:Le milieu scientifique était donc au courant dès 1981 ?

SL : Bien entendu. Si nous disposons de peu de documents de la période de dématérialisation massive, nous avons paradoxalement beaucoup plus de documents des périodes plus anciennes et nous avons retrouvé des travaux datant de 1895 établissant un lien entre la température moyenne sur notre planète et la concentration en C02 de son atmosphère.

LGI:1895 ? Vous voulez dire 1985 ?

SL : Non, c’est bien à la fin du dix neuvième siècle, en 1895 que ces travaux ont été publiés. Ils sont probablement passés quelque peu inaperçus et ce ne sont pas ces travaux qui ont valu son prix Nobel de Chimie à Svante Arrhenius.

LGI: Nos prédécesseurs connaissaient donc parfaitement les risques qu’ils courraient ?

SL : Dans les milieux scientifiques concernés, incontestablement. Il faudra pourtant attendre 2001 et le rapport du GIEC pour que ce sujet soit réellement porté à l’attention du grand public.

LGI : 2001 ! Que de temps perdu ! Plus d’un siècle après la découverte de l’influence de l’effet de serre sur le climat ! Vingt ans après que ce van der Vlist ait fait ses mesures de CO2 ! Qu’a t-il fait pendant ces vingt années pour prévenir ses contemporains ?

SL : Il explique dans son autobiographie qu’il a hésité mais qu’il a abandonné sa carrière de chercheur pour une activité technique mieux rémunérée. Il s’est également marié et au eu quatre enfants.

LGI : Quatre enfants ! N’avait il pas conscience du niveau de surpopulation de l’époque ? Combien d’habitants comptait notre planète à ce moment ?

SL : Environ cinq milliards et demi lorsqu’ils ont eu leur dernier enfant. Pour comprendre son comportement, il faut savoir que le monde était divisé en « pays » qui se concurrençaient. Eric vivait dans un pays à la population vieillissante qui encourageait les naissances pour conserver un niveau de population stable.

LGI : Eric van der Vlist fait donc des mesures de CO2 et prend conscience des risques de réchauffement climatique en 1981 sans que cela ne change son comportement ? C’est invraisemblable !

SL : Son comportement a été influencé par cette prise de conscience mais dans des proportions qui sont restées limitées.

LGI : Que faisait-il ?

SL : Quand il a quitté institut de recherche où il travaillait sur le CO2, il a rejoint une société pour travailler dans le domaine de la téléphonie mobile.

LGI : Une société ? Vous voulez dire qu’avant cela il était resté en marge de la société ?

SL : Non, les techniciens étaient organisés en groupements appelés « sociétés » ou « personnes morales » dont le but était de grossir et de gagner de l’argent et Eric a rejoint un de ces groupements.

LGI: Ces sociétés devaient être soumises à des impératifs moraux très forts pour mériter le nom de personne morale !

SL : Au contraire… Elles échappaient à tous les principes moraux ou religieux et leurs seules règles étaient d’obéir aux lois en vigueur et de gagner plus d’argent qu’elles n’en dépensaient.

LGI : Pouvez vous nous expliquer ce qu’était la téléphonie mobile ?

SL : Les techniciens avaient développé un besoin irraisonné de rester « connectés » les uns aux autres par l’intermédiaire de téléphones mobiles, qui étaient des petits boîtiers transmettant sons et images au moyen d’ondes électromagnétiques et fonctionnant à l’électricité.

LGI : Encore l’électricité… Ce besoin de se sentir connecté me semble être une curieuse manie ! Eric van der Vlist en était donc à la fois un des initiateurs et un adepte ?

SL : Avant d’en souligner les effets pervers, oui. Mais il ne faut pas exagérer son rôle dans le développement de cette technologie. Il a en effet changé de domaine d’activité alors qu’elle était encore balbutiante.

LGI : Il a donc rapidement perçu le caractère pathologique de ce type de comportement ?

SL : Non, son texte sur les effets pervers du téléphone mobile est assez tardif et date de 2011. Il a changé de domaine d’activité parce que le téléphone mobile était développé par des sociétés multinationales de taille importante dans lesquelles il ne se sentait pas à l’aise.

LGI : Vous nous avez expliqué que le but de ces sociétés était de grossir, les grosses sociétés devaient donc être les meilleures d’entre elles, pourquoi vouloir en partir ?

SL : La plupart des sociétés étaient des structures très hiérarchisées dans lesquelles l’initiative personnelle n’était pas encouragée et dans lesquelles la compétition était fortement encouragée.

LGI : Je pensais que la civilisation technicienne était organisée suivant des principes démocratiques, ce n’était pas le cas ?

SL : Certains pays étaient gouvernés suivant des principes démocratiques mais les sociétés n’étaient pas soumises à cette règle.

LGI : Votre homme a t-il pu échapper à leur contrôle ?

SL : Il a travaillé dans des sociétés de plus en plus petites avant créer une société uni-personnelle pour vendre le résultat de son travail. C’est à ce moment qu’il s’est spécialisé dans ce XML qui permettait d’écrire des textes compréhensibles par les machines.

LGI : Pourquoi ce choix ?

SL : Je suppose que cela devait correspondre à un sujet en vogue à cette époque. Il faut également dire que c’était un sujet « ouvert » dans lequel les contributions de petites structures indépendantes étaient bienvenues.

LGI : Il n’avait pas conscience de la fragilité des documents dématérialisés ?

SL : Si et il a même lancé un projet d’archivage de ces documents. Malheureusement, les archives étaient elles aussi dématérialisées ce qui réduit leur pérennité.

LGI : Je dirais même que ça les rend inutiles, non ?

SL : Non, pas totalement. La boite que nous venons de retrouver contient à la fois les textes d’Eric van der Vlist mais également les archives des documents auxquels il faisait référence ce qui s’avère très précieux à leur compréhension.

LGI : En tout cas, je ne vois pas ce qui évoque une conscience des problèmes environnementaux dans tout cela !

SL : En 1994 il acheté la ferme dans laquelle nous avons retrouvé la boîte noire et a tenté de vivre plus proche de la nature et de réduire son empreinte écologique.

LGI : Ce n’était pas trop tôt pour s’apercevoir qu’il fallait changer de vie !

SL : Non, mais ce changement a été partiel et il a commencé à mener une double vie : la semaine en ville consacrée à des activités techniques et les samedi et dimanche à la campagne à cultiver son jardin.

LGI : J’espère qu’il essayait au moins de minimiser le bilan carbone de ses transhumances hebdomadaires !

SL : Il n’en dit pas grand chose. D’après nos recherches, il utilisait un véhicule appelé « Renault Espace » qui rejetait près de 200g de CO2 par kilomètre et parcourait environ 350 km par semaine, soit 3500 kg de CO2 par an…

LGI : Et à part cela ?

SL : En 2007 et surtout en 2008 il a étendu son activité agricole en achetant un nouveau terrain et en plantant des arbres fruitiers. Il privilégié les variétés anciennes menacées de disparition à court terme. Il a également introduit des moutons et des oies de races à faible effectif pour entretenir ses terrains.

LGI : Cela aurait sans doute été très utile s’il s’était également préoccupé d’atténuer le changement climatique qui allait détruire ces arbres et ces animaux. Est-ce que ses arbres compensait ses émissions de CO2 ?

SL : Non. Il a planté 400 arbres pouvant capter chacun 5kg de CO2, cela ne fait guère que 2000 kg de CO2 par an, ce qui couvre juste 1700 kg de voyages en avion..

LGI : Son engagement s’arrêtait là ?

SL : Il a aussi aidé sa femme Catherine à créer deux magasins de produits dits « biologiques » cultivés et produits sans produits chimiques et avec un impact réduit sur l’environnement. Ces magasins appelés « le Retour à la Terre » essayaient de sensibiliser leurs clients et organisaient des réunions pour débattre de thèmes liés à l’environnement.

LGI : Tout cela semble ridiculement insuffisant ! On a l’impression d’une erreur d’analyse : ses archives sont dématérialisées sans qu’il ne s’interroge sur la pérennité des ressources électriques qui leur sont nécessaires de la même manière qu’il veut sauvegarder des espèces animales et végétales sans s’interroger sur la pérennité de leur écosystème dans son ensemble.

SL : Vous avez mis le doigt sur le cœur du problème et c’est ce que nous aimerions comprendre !

LGI : N’a t-il pas laissé d’indications à ce sujet ?

SL : Si, mais dans un texte difficile à analyser.

LGI : Que voulez vous dire ?

SL : Début 2013, il a écrit un texte atypique, présenté comme une fiction dans lequel il imaginait qu’on retrouve ses écrits après une catastrophe environnementale majeure.

LGI : Tient donc, il avait donc conscience du risque ! Et pourquoi ce texte est-il difficile à interpréter ?

SL : Comment distinguer la fiction du réel ?

LGI : Essayons tout de même ! Sait on ce qui a pu se passer début 2013 pour le pousser à écrire cette « fiction » ?

SL : Au tout début du vingt-et-unième siècle on a pu espérer que la raréfaction des ressources pétrolières allait contraindre la civilisation technicienne à limiter de manière drastique sa consommation d’hydrocarbures et donc sa génération de gaz à effet de serre.

LGI : Et c’est en 2013 qu’on s’est aperçu que ce ne serait pas le cas ?

SL : En tout cas, c’est fin 2012 qu’Éric van der Vlist semble en avoir pris conscience.

LGI : Que c’est il passé ?

SL : Il devenait de plus en plus évident que la civilisation technicienne allait régler, à son habitude, la raréfaction des ressources en hydrocarbures de manière purement technique sans se soucier des conséquences de cette décision.

LGI : Comment cela ? Quand il n’y a plus d’hydrocarbures il n’y en a plus !

SL : Sauf si on va chercher la moindre goutte là où elle se trouve quelque soient les conséquences. Seuls les gisements relativement faciles à exploiter l’avaient été et les techniciens ont développé des technologies permettant d’exploiter des gisements de gaz et de pétrole plus difficiles à exploiter et qualifiés de non conventionnels.

LGI : C’était possible ?

SL : Quand on est prêt à extraire du pétrole en forant le sol à plus de 1500 m sous le niveau de la mer à partir d’énormes radeaux ou à fracturer les roches jusqu’à provoquer des séismes il est toujours possible se trouver des hydrocarbures.

LGI : Ils étaient donc prêts à prendre tous les risques pour prolonger un mode de vie favorisant la production de gaz à effet de serre ?

SL : J’en ai bien l’impression, oui.

LGI : Eric van der Vlist était il isolé dans sa prise de conscience ?

SL : Pas vraiment. L’imminence d’un changement climatique était même assez généralement admise dans les pays européens.

LGI : Si c’est le cas, vu l’importance des enjeux, les hommes et femmes conscients de cette catastrophe imminente n’avaient ils pas de moyens d’actions plus efficaces ?

SL : Beaucoup de gens se sentaient impuissants à faire changer les choses.

LGI : Leur société n’était elle pas organisée de manière démocratique ?

SL : De nombreux pays étaient effectivement régis suivant des principes démocratiques, mais leur mode d’organisation ne semble pas lui avoir permis de prendre les mesures nécessaires.

LGI : Pourquoi ?

SL : C’est un sujet complexe sur lequel nous ne pouvons émettre que des hypothèses.

LGI : Lesquelles ?

SL : Les « sociétés » dont le seul but était de gagner de l’argent dont nous avons déjà parlé ont indéniablement été un des facteurs. Leur développement était tel qu’elles étaient devenues de véritables contre pouvoirs. Les plus grosses d’entre elles étaient « multinationales » et étendaient leur champ d’action sur toute la planète. Leur développement reposait sur la croissance de l’économie elle même liée à l’utilisation de ressources non renouvelables entraînant la production de gaz à effet de serre. Leur importance leur permettait d’exercer des pressions sur toutes les structures scientifiques et politiques et de bloquer les décisions qui leur étaient défavorables.

LGI : Les structures démocratiques ne donnaient elles pas suffisamment de pouvoir aux peuples pour contrer cela ?

SL : Si, mais à condition qu’ils soient correctement informés et que les choix qui leur soient présentés soient réellement ouverts.

LGI : Correctement informés ?

SL : Les sociétés contrôlaient partiellement la recherche scientifique et alimentaient des études dont le but étaient de brouiller les cartes en niant les effets de certains développements technologiques et parfois même la réalité de l’effet de serre et du réchauffement climatique.

LGI : Vous laissez entendre que les options proposées aux peuples n’étaient pas vraiment ouvertes, pourquoi ?

SL : Le pouvoir politique était exercé par une caste de professionnels dont un des buts était de se maintenir au pouvoir. Étant élus, ils ne pouvaient pas se permettre de prendre des décisions impopulaires et ceux d’entre eux qui remettaient en cause la poursuite de la « croissance » économique, nécessairement plus ou moins liée à une croissance des gaz à effet de serre étaient considérés comme des utopistes et leurs propositions écartées d’office.

LGI : Cette société est donc sciemment allé à la catastrophe pour pouvoir continuer à sur-exploiter la planète, cela semble hallucinant !

SL : C’est difficile à comprendre mais les faits sont pourtant là.

LGI : Merci Professeur. Je rappelle que cette semaine nous recevions le Professeur Sean Lafontaine, responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit.

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2 thoughts on “Ittoqqortoormiit”

  1. Merci Eric pour ce bel article,
    moi j’ai juste 50 ans ajourd’hui alors j’y suis particulièrement réceptif. Je me dis quand même que mes 50 prochaines années vont être passionantes (ou pas…).
    Après avoir marché sur la tête pendant si longtemps, nos “grandes” civilisations sauront-elles remettre les pieds sur terre à temps?

    Cordialement,
    Benoit

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