Prend le gaz de schiste et tire toi

Le 15 novembre dernier, Les Matins de France Culture recevaient Corinne Lepage. Je n’ai pas eu le temps de le faire, mais j’aimerais revenir sur ce haut moment de radio qui me semble bien résumer le débat actuel autour de ce qu’on appelle “hydrocarbures non conventionnels”.

Le débat a opposé Corinne Lepage au chroniqueur Brice Couturier secondé par l’économiste Agnès Bénassy-Quéré. Il était arbitré par le producteur/présentateur Marc Voinchet et  le journaliste politique Frédéric Métézeau.

Vous pouvez retrouver cette émission sur le site de France Culture,la réécouter ou la télécharger. Pour que vous puissiez juger par vous même, je publie également la transcription de la partie qui traite des gaz de schiste à la fin de cet article. Elle se commence 1h49:25 après le début du fichier mp3 téléchargeable sur le site de France Culture.

Le métier des chroniqueurs est de savoir tout sur tout, d’avoir toujours raison et de ne pas admettre la contradiction. La chronique de Brice Couturier a fait l’apologie des gaz de schistes en utilisant quelques arguments imparables :

  •  “les États-Unis qui sont déjà les premiers producteurs de gaz au monde vont devenir dès la fin de cette décennie les premiers producteurs de pétrole en passant de 8 millions de barils par jour aujourd’hui à 12 millions en 2020”
  • “Pouvons nous à la fois fermer des centrales nucléaire, renoncer à toute forme d’exploitation des gaz non conventionnels et prétendre réduire nos émissions de CO2 ?”
  • “Des entreprises françaises comme Total, Vallourec ou Solvay sont déjà en pointe dans cette technologie”.
  • “On sait qu’au sein même du gouvernement Arnaud Montebourg ou Alain Vidalies le souhaitent, mais il s’agit là pour les écologistes qui l’ont fait savoir d’un casus belli. Alors la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?”

Les chiffres indiqués par Brice Couturier concernant les États-Unis sont tirés d’un récent rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie décortiqué par un article des Échos. Par contre Solvay n’est pas une entreprise française. Créé par un inventeur Belge, cette société se définit comme “internationale” et son siège social est à Bruxelles.

La question avec laquelle il clôt sa chronique (“la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?”) est symptomatique. Pourquoi utiliser un terme aussi négatif que “politicien”? Si l’on écoute les écologistes, c’est nécessairement pour des raisons politiciennes? C’est le type de questions auxquelles on s’attend sur Europe 1 ou sur ce qu’est devenu France Inter, mais sur France Culture, pourquoi ne pas avoir posé une vrai question telle que “le politique doit-il l’emporter sur l’industriel (ou l’économie ou la finance)?”?

Semblant être un moment décontenancée,  Corinne Lepage évacue la question (“La question ce n’est pas de savoir si ça fait plaisir aux verts ou si ça fait pas plaisir aux verts. La question est de savoir si c’est notre intérêt ou si ce n’est pas notre intérêt.”) et cherche une première fois à orienter le débat vers le problème de fond :

Le problème est, alors là je ne parle pas pour la France, je parle de problème général, nous allons directement à l’opposé de ce que nous voulions faire collectivement lorsque nous avons dit « pour lutter contre les gaz à effet de serre il faut sortir de la société du pétrole ». Là nous nous enfonçons dans la société du pétrole. Cela veut donc dire que nous prenons délibérément le risque en rajoutant 30, 40, 50, 60 pour-cents, je n’en sais rien, d’hydrocarbures supplémentaires d’augmenter la température non pas de 3 ou 4 degrés à la fin du siècle mais beaucoup plus et de mettre en péril carrément tout notre système. Ça c’est pas vrai seulement pour la France, c’est un problème global, autrement dit, vous parliez d’émission de gaz à effet de serre, pour moi c’est le problème numéro un. Et vous savez comme moi que l’exploitation des gaz de schiste, c’est des émissions de méthane en quantité absolument industrielle, le méthane, la tonne de méthane étant vingt-quatre fois plus grave pour l’effet de serre que la tonne de CO2.

Elle cherchera ainsi plusieurs fois à expliquer que l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels ne fait que prolonger un comportement suicidaire et à revenir sur la nécessité de réduire nos besoins en hydrocarbures pour éviter une catastrophe écologique.

Ses contradicteurs ne lui répondront jamais sur ce point. Sans se donner la peine de contester le réchauffement climatique, ils préfèrent l’ignorer!

Lors d’un échange particulièrement confus où Corinne Lepage et Brice Couturier se coupent mutuellement plusieurs fois la parole, celui-ci montre clairement le peu d’importance qu’il accorde à cet argument majeur qui devrait pourtant se suffire à lui même :

On voulait sortir du pétrole parce qu’il n’y en avait plus, maintenant on nous dit qu’il y en a encore, voyez c’est ça le problème, maintenant on nous dit il y en a encore pour cent ans donc c’est bizarre de reprendre l’argumentation il faut sortir du pétrole.

Corinne le Page tente alors une nième fois de se faire comprendre :

Non monsieur, excusez moi monsieur Couturier. On n’a pas dit ça, on a dit on est obligé de sortir du pétrole parce qu’on en a plus, et on doit en sortir à cause des émissions de gaz à effet de serre, parce que nous devons impérativement réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière à ne pas augmenter de manière déraisonnable la température à la surface du globe.

Elle ne pourra terminer son argumentation sans que Brice Couturier lui coupe à nouveau la parole pour détourner la conversation.

Vers la fin du débat, alors que l’on semblait tourner en rond, Frédéric Métézeau sauve un peu la situation en abordant la question des explorations, donnant l’occasion à Corine Lepage de dénoncer l’hypocrisie de ces contrats dits “d’exploration” :

le problème c’est que, en droit quand vous avez un droit d’exploration vous avez derrière un droit d’exploitation, c’est comme cela que ça marche, il n’y a plus d’appel à la concurrence, c’est terminé. C’est à dire qu’il suffit de délivrer des permis d’exploration à toute une série de gens, ils peuvent geler les terrains pour des années et des années et de toute façon ils auront l’exploitation derrière. …/… Je pense que la recherche c’est à l’état de la faire, alors ensuite qu’il la contrôle, qu’il la fasse pas nécessairement directement mais qu’il la contrôle de manière qu’il n’y ait aucun droit de nature patrimoniale sous quelque forme que ce soit qui soit donné à qui que ce soit tant que l’on ne sait pas ce que l’on fait.

Cela provoque de vives réactions de la part d’Agnès Bénassy-Quéré : “mais alors, comment est-ce que l’état va inciter les entreprises à travailler à fond perdu ?” et de Brice Couturier “c’est une façon de fermer la porte de dire ça, hein, c’est une façon de dire puisque personne n’y aura intérêt personne ne le fera, hein, c’est une façon de fermer”.

Autrement dit, il est hors de question que notre pays investisse pour évaluer les ressources de son sous sol et il est inévitable que l’on accorde des permis “d’exploration” qui donnent des droits d’exploitation que l’on ne pourra plus contrôler…

J’ai gardé l’échange qui m’a fait le plus bondir, celui qui justifie ce long article pour la fin…

Corine Lepage ayant suggéré qu’il n’était peut être pas très urgent d’exploiter les gaz de schiste, Brice Couturier cite Louis Gallois : “Ce que dit Louis Gallois, il dit que si l’on attend trop, justement, on risque de se priver d’une grande part de ressource économique”. Corinne Lepage répond placidement “bah attendez ça partira pas, donc si c’est là c’est là”.

Cela semble évident, mais Agnès Bénassy-Quéré relance le débat dès qu’on lui donne la parole :

Les pays qui ont beaucoup de pétrole ne font pas ce raisonnement. Au contraire, ils veulent sortir leur pétrole relativement vite de leur sol parce que ils se disent il va y avoir une nouvelle révolution industrielle dé-carbonée, l’invention, on l’a pas l’innovation énergétique, euh, l’éolien c’est pas ça, le photo voltaïque c’est pas ça, on l’aura un jour peut être et ils se disent là il y a une fenêtre dans laquelle on va gagner beaucoup d’argent en sortant notre pétrole, mais ce ne sera pas éternel. Donc il y un risque que la France rate une période où il n’y a pas justement cette nouvelle innovation qui nous manque pour faire la croissance verte, qui va venir peut être mais qu’on n’a pas pour l’instant, elle rate cette fenêtre et donc le gaz, pourquoi pas, il restera éternellement sous nos pieds.

Je n’avais jamais entendu cet argument aussi clairement et cyniquement exposé!

Autrement dit : “prenons le gaz de schiste et tirons nous” ou encore “on sait que l’on ne va pas pouvoir continuer à emmètre des gaz à effet de serre très longtemps et que des empêcheurs de polluer en rond vont finir par obtenir gain de cause alors dépêchons nous de brûler le plus d’hydrocarbures possible le plus rapidement possible tant qu’il en est encore temps”.

J’imagine que ces gens là ont du faire les soldes pour isoler leur maisons à l’amiante et les repeindre avec des peintures au plomb juste avant qu’on interdisse ces produits!

Si vous avez encore un peu de temps, lisez la transcription : je trouve ce débat édifiant.

Transcription

France Culture 15 novembre 2012

Note : je n’ai pas voulu “éditer” les paroles échangées lors du débat mais ai au contraire cherché à en faire une transcription aussi fidèle que possible.

1:49:25 MV : Et à huit heures et 18 minutes, je vous rappelle donc, émission politique du matin, aujourd’hui Corine Lepage (CLP) avec Frédéric Métézeau, c’est l’heure de la chronique de Brice Couturier où je vous sens mettre les gaz..

1:49:25 BC : (rires) C’est l’expression, oui, Marc. Écoutez, vous savez peut-être que le ministre des finances vient de l’annoncer, je le cite, je cite le ministre des finances, « nous discutons actuellement d’un nouveau régime fiscal généreux pour encourager le gaz de schiste afin de rester compétitifs vis à vis des États-Unis ». Des incitations fiscales pour l’exploitation de gaz de schiste tels que ceux qui favorisent à prix d’or l’installation d’éoliennes et de panneaux photo-voltaïques ? Allons, allons, rassurez vous les écologistes, il ne s’agit pas de Pierre Moscovici. Non, ce n’est pas du ministre français des finances qu’il s’agit, encore moins d’ailleurs du ministre des finances allemand, même si celui-ci a tendance ces temps ci à s’inquiéter de l’envolée de la facture électrique de l’Allemagne pour cause de tournant énergétique. Mais des élections ont lieu l’an prochain chez nos voisins et la chancelière chrétienne-démocrate est prête à former une coalition avec les verts actuellement crédités de 15 % des intentions de vote. Non, le ministre des finances en question c’est le britannique George Osborne. Chez nous c’est un sujet qui est resté longtemps absent du débat publique mais il est en train d’y faire une percée remarquable. l’Amérique du nord, tant les États-Unis d’Obama que le Canada ont mis en exploitation leurs énormes réserves de gaz et de pétrole non conventionnels. C’est une révolution dans le domaine de l’énergie. Elle a déjà et elle aura des conséquences auxquelles nous ferions bien de réfléchir. Parce que les États-Unis qui sont déjà les premiers producteurs de gaz au monde vont devenir dès la fin de cette décennie les premiers producteurs de pétrole en passant de 8 millions de barils par jour aujourd’hui à 12 millions en 2020. Ils vont cesser complètement de dépendre des approvisionnements pétroliers du Golfe Persique et cela ne sera pas sans incidence sur leur diplomatie. Il n’y aura plus de guerre pour le pétrole, ou plutôt, assurer la liberté de circulation des voies maritimes entre Golfe Persique et Canal de Suez ne sera plus de leur ressort mais de celui des importateurs de pétrole que nous sommes nous les chinois et les européens en particulier. En aurons nous la volonté et les moyens ? Ensuite parce que l’énergie bon marché fournie aux entreprises par ce nouveau moyen n’est pas pour rien dans la ré-industrialisation menée avec succès par Obama et elle explique en partie les relocalisations dont les États-Unis bénéficient en ce moment. Entre parenthèses, le fameux peak oil que le club de Rome prévoyait aux alentours de 1980 et que l’on a cru à nouveau venu vers 2008 semble reculer toujours plus grâce à de nouvelles techniques d’extraction donc méfions nous des peak oils. Mais celles ci, ces techniques d’exploitation, se révèlent de plus en plus problématiques. C’est vrai, l’exploitation des gaz de schiste par la technique du forage directionnel horizontal et d’hydro-fracturation est polluante. En particulier parce qu’elle nécessité l’usage de millions de litres d’eau auxquels on ajoute des produits chimiques dont nul ne sait s’ils ne vont pas se répandre dans les nappes phréatiques si les puits ne sont pas suffisamment étanches. En outre les roches fracturées par ce procédé libèrent des substances toxiques. Alors oui, il faut faire preuve de prudence mais un pays comme le notre qui recèlerait cent fois sa consommation annuelle de gaz dans son sous sol peut il renoncer absolument à toute exploration ? Pouvons nous à la fois fermer des centrales nucléaire, renoncer à toute forme d’exploitation des gaz non conventionnels et prétendre réduire nos émissions de CO2 ? Des entreprises françaises comme Total, Vallourec ou Solvay sont déjà en pointe dans cette technologie, toutes sortes de bons esprits, de Louis Gallois à Michel Rocard plaident pour que notre pays ne referme pas la porte d’une exploitation raisonnable des énormes réserves énergétiques que nous avons sous nos pieds. On sait qu’au sein même du gouvernement Arnaud Montebourg ou Alain Vidalies le souhaitent, mais il s’agit là pour les écologistes qui l’ont fait savoir d’un casus belli. Alors la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle ?

1:53:25MV : La chronique de Brice Couturier, à retrouver sur franceculture.fr. Corinne Lepage :

1:53:30 CLP Oui… Euh… Alors, je.. On me dirait, monsieur Couturier, sur votre dernière phrase, la logique politicienne doit elle l’emporter sur la logique industrielle, je répondrais évidemment non. Mais c’est pas de ça dont il s’agit à mes yeux. La question ce n’est pas de savoir si ça fait plaisir aux verts ou si ça fait pas plaisir aux verts. La question est de savoir si c’est notre intérêt ou si ce n’est pas notre intérêt. Moi c’est comme cela que je pose la question, je ne la pose pas autrement. Alors, premier point, je dirais un point général. Vous avez parlé du peak-oil. Il a eu effectivement lieu pour le conventionnel en 2006, à peu près, 2006 – 2007. Donc maintenant si effectivement on parle de réserves pour des dizaines d’années, c’est précisément par ce qu’on recourt à tout ce que l’on appelle les hydrocarbures non conventionnels, gaz et pétrole, sables bitumineux au Canada, etc, etc… Le problème est, alors là je ne parle pas pour la France, je parle de problème général, nous allons directement à l’opposé de ce que nous voulions faire collectivement lorsque nous avons dit « pour lutter contre les gaz à effet de serre il faut sortir de la société du pétrole ». Là nous nous enfonçons dans la société du pétrole. Cela veut donc dire que nous prenons délibérément le risque en rajoutant 30, 40, 50, 60 pour-cents, je n’en sais rien, d’hydrocarbures supplémentaires d’augmenter la température non pas de 3 ou 4 degrés à la fin du siècle mais beaucoup plus et de mettre en péril carrément tout notre système. Ça c’est pas vrai seulement pour la France, c’est un problème global, autrement dit, vous parliez d’émission de gaz à effet de serre, pour moi c’est le problème numéro un. Et vous savez comme moi que l’exploitation des gaz de schiste, c’est des émissions de méthane en quantité absolument industrielle, le méthane, la tonne de méthane étant vingt-quatre fois plus grave pour l’effet de serre que la tonne de CO2. Ça c’est le premier point.

1:55:23 BC: (lui coupant la parole) D’autres avancent d’autres chiffres en disant que la question des gaz à effet de serre est moindre avec l’exploitation des gaz de schistes.

1:55:29 CLP : Alors, ils comparent par rapport au charbon, mais c’est pas sur parce que le charbon c’est pas du méthane c’est du CO2 et là on a du méthane et le méthane c’est beaucoup plus grave. Et donc vous parliez de fuites et vous avez raison au niveau des nappes phréatiques, mais c’est des fuites de méthane aussi de manière indéfinie. Donc on a un problème général. Deuxièmement, si la France a ce trésor sous les pieds, il va pas partir, il va pas s’enfuir. Vous savez comme moi que c’est pas parce que une baguette magique arriverait et on dirait d’accord, OK, on ouvre les vannes et on fait de l’exploration, vous savez très bien que sur le plan de l’économie française, 2012-2013 c’est effet 0, c’est pas pour maintenant, c’est pour dans plusieurs années, dans 7 ans, 8 ans, j’en sais rien, le temps qu’il faudrait pour faire de l’exploration et passer à une phase d’exploration, autrement dit aucun effet sur la situation économique actuelle. Donc je pense que 1) c’est gravissime, pour moi c’est une régression majeure

1:56:26 BC : (lui coupant la parole) Ce que dit Louis Gallois, il dit que si l’on attend trop, justement, on risque de se priver d’une grande part…

CLP : ben ça partira pas

BC : ressource économique

CLP : bah attendez ça partira pas, donc si c’est là c’est là moi si vous voulez, ce qui me fait très peur c’est tout les procédés autour et alentours, donc on fait pas de fracturation, mais on va aller chercher du pétrole, c’est ce qui se passe sous le Bassin Parisien, les sociétés pétrolières présentent ça sous une autre forme pour essayer de passer, etc, bon personne n’est dupe quand même, première observation. Deuxième observation, c’est les conséquences, nous sommes quand même pas les États-Unis, la France c’est pas le Texas, il a pas du tout les mêmes espaces, il y a des conflits, il va y avoir des conflits d’usage d’eau, des conflits d’usage de territoire, des problèmes sur l’activité agricole et agro-alimentaire etc, etc. Donc très franchement, je pense que sur le plan global c’est une catastrophe pour l’humanité et deuxièmement c’est franchement les avantages ne l’emportent certainement pas sur les inconvénients.

1:57:31MV : “Écologie, économie” disiez vous en première partie, comment concilier les deux, Corinne Lepage, alors comment fait on et débrouille t-on la question de ce que les entreprises françaises sont en pointe sur la question du gaz de schiste à l’étranger, pourquoi ne le seraient elles pas en France ?

1:57:45 CLP : Oui, enfin ça je vais vous dire, on est en face d’une telle

MV : (lui coupant la parole) Je vais vous donner… dans les échos d’aujourd’hui il y a un très bon dossier sur la question d’ailleurs qui fait…

CLP : nos journaux actuellement, ou tout du moins certains d’entre aux ont d’excellents dossiers, extrêmement bien montés, nous sommes en face d’une campagne, pour être correcte je dirais d’information, j’aurais peut être envie de dire un autre mot qui serait désinformation, mais restons sur l’information, extrêmement bien ciselée, on le voir partout, on l’entend partout, et tout est fait pour essayer de faire changer les français d’avis. Sauf que personne en France n’a envie d’avoir une exploitation de gaz de schiste à côté de chez lui, y compris…

1:58;23 MV : On est d’accord pour en acheter à l’étranger. Il y a un paradoxe tout de même

CLP : Parce que les conséquences… c’est des conséquences environnementales. Il y a deux types de conséquences, les conséquences planétaires dont je parlais tout à l’heure qui pour moi plaident en défaveur des gaz de schiste de manière…

MV ; on préfère que les autres exploitent par ailleurs des gaz de schistes que chez nous. Enfin on va en acheter tout de même !

CLP : Oui, on achète du pétrole parce qu’on en a pas vraiment chez nous…

BC : Mais là justement on en a. Je cite Rocard, Michel Rocard, c’est quand même pas un va t-en guerre ultra libéral victime des lobbys pétroliers ! Voilà ce qu’il dit, Michel Rocard dans le monde

CLP : Oui, j’ai lu

BC : « La France est bénie des dieux, pour l’Europe elle serait au gaz se schiste ce que le Qatar est au pétrole, peut-on s’en priver ? Je ne le crois pas. » C’est du Rocard.

1:59:02 CLP : Oui, c’est du Rocard et d’un autre côté il dit «je suis écologiste et donc je suis très partagé » donc on cite que cette partie là et on cite pas l’autre où il est quand même beaucoup plus mesuré. Autrement dit vous risquez, en dehors de la question majeure qui pour moi est d’investir massivement pour sortir du pétrole, et je pense que nous sommes aussi une terre bénie des dieux pour le faire parce que nous avons tout ce qu’il faut en terme

BC : On voulait sortir du pétrole parce qu’il n’y en avait plus, maintenant on nous dit qu’il y en a

CLP : non, non, non

BC : encore, voyez c’est ça le problème

CLP : pas du tout

BC : maintenant on nous dit il y en a encore pour cent ans

CLP : non

BC : donc c’est bizarre de reprendre l’argumentation il faut sortir du pétrole

CLP : Non monsieur, excusez moi monsieur Couturier. On n’a pas dit ça, on a dit on est obligé de sortir du pétrole parce qu’on en a plus, et on doit en sortir à cause des émissions de gaz à effet de serre, parce que nous devons impérativement réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière à ne pas augmenter de manière déraisonnable la température à la surface du globe. Vous vous rendez compte de

BC : vous vous rendez compte que pendant ce temps à les allemands sur la base du même principe sont en train de polluer toute l’Europe avec du charbon, parce que comme il ont renoncé

CLP : de moins en moins

BC : comme on renonce à la fois au nucléaire et on renonce au gaz de schiste on renonce à tout finalement et qu’est ce qui reste, le charbon et

CLP : non, pas du tout

BC : c’est quand même la calamité absolue le charbon

CLP : ils réduisent

BC : et les chinois aussi ils utilisent

CLP : alors premièrement ils

MV : Corine Lepage

CLP : ils ont des procédés d’utilisation du charbon qui sont quand même beaucoup moins polluants qu’ils n’étaient et deuxièmement je vous donne rendez vous dans cinq ou dix ans quand vous allez avoir une industrie allemande qui va être partout leader sur tout les nouveaux marchés qui vont être ceux de efficacité énergétique et des énergies renouvelables et que nous on sera encore à nous poser des questions sur les gaz de schistes et à continuer sur le nucléaire

BC : Mais tout de même, Corinne Lepage, mettant autant d’énergie à luter contre l’exploitation des gaz en France qu’on devrait en mettre par exemple sur le fait que les compagnies pétrolières du monde entier, notamment françaises, détruisent un pays comme le Nigeria aujourd’hui dont on ne résout toujours pas toutes les questions où les … sont effectivement morts, dont la population est accablée de toutes les maladies et où personne, strictement personne ne fait rien, au nom de notre indépendance énergétique.

CLP : Je suis complètement d’accord avec vous

BC …

CLP : oui, mais au Nigeria il s’est quand même passé une chose très intéressante c’est que BP s’est fait condamner à une amende absolument massive par les tribunaux nigérians

BC : encore faudra t-il qu’elle la paye

CLP : Oui c’est possible, mais n’empêche que, je revient un peu à mon dadas, on parlait tout à l’heure de la société civile, qu’est-ce qui est en train d’essayer de réorganiser un peu les pouvoirs dans ce monde, c’est la société civile et la justice. Parce que vous avez le Nigeria effectivement pour le pétrole et vous avez dans d’autres pays aussi du sud, où vous avez des actions de ce genre qui sont menées. Donc, je crois que les citoyens se rendent tout à fait compte de ce qui est en train de se passer. Et je suis très, très attentive aux questions de l’économie

BC : Beee

CLP Je me dis

MV : Attendez, justement je vais passer la parole à Agnès Bénassy-Quéré. Economie/écologie, est-ce que dans cette question des gaz de schistes on est dans des conflits insolubles

2:02:00 ABQ : je voulais revenir rapidement sur le gaz ne va pas s’échapper, il est sous nos pieds, il va rester

CLP : Oui, et bah oui

ABQ : C’est un argument qui est tout à fait bon si par exemple on fait de la recherche par exemple pour voir s’il y une autre technique. Bon je sais qu’il y a des problèmes avec le code minier, etc. Mais sinon ça ne sert à rien, les pays qui ont beaucoup de pétrole ne font pas ce raisonnement. Au contraire, ils veulent sortir leur pétrole relativement vite de leur sol parce que ils se disent il va y avoir une nouvelle révolution industrielle dé-carbonée, l’invention, on l’a pas l’innovation énergétique, euh, l’éolien c’est pas ça, le photo voltaïque c’est pas ça, on l’aura un jour peut être et ils se disent là il y a une fenêtre dans laquelle on va gagner beaucoup d’argent en sortant notre pétrole, mais ce ne sera pas éternel. Donc il y un risque que la France rate une période où il n’y a pas justement cette nouvelle innovation qui nous manque pour faire la croissance verte, qui va venir peut être mais qu’on n’a pas pour l’instant, elle rate cette fenêtre et donc le gaz, pourquoi pas, il restera éternellement sous nos pieds.

CLP : Alors je vais répondre à cela. D’abord vous dites on l’a pas, moi je vois quand même ce qui se passe au niveau européen, je vous des pays comme l’Allemagne qui disent nous allons être à 40 % d’énergie renouvelable en 2020, c’est à dire demain matin, par conséquent je pense au contraire que, notamment sur l’éolien offshore, je pense sur les énergies marines, je pense sur le photo voltaïque je pense bien sur que les sociétés européennes sont en difficulté parce que le prix des cellules a chuté à cause des chinois dans des proportions tout à fait considérables, mais aujourd’hui vous avez un kW/h éolien qui est inférieur au kW/h qui sortira des nouvelles centrales nucléaires. Donc je crois qu’on peut pas dire qu’on y est pas, je pense précisément qu’on est en train d’y être et ce qui m’inquiète c’est les choix énergétiques que la France est en train de faire sur le plan industriel. Je parle pas d’écologie là, je parle d’industrie, je pense que nous sommes en train de louper précisément cette grande fenêtre de tir. Vous parliez d ‘énergie dé-carbonée, c’est précisément tout cela et ce qui se joue aujourd’hui c’est cale. Faut bien comprendre qu’investir massivement dans les gaz de schiste c’est quoi ? C’est avoir très vite une énergie qu’on va pas payer très cher même si on va la payer beaucoup plus cher qu’aux États-Unis contrairement à ce qu’on nous raconte parce que même aux États-Unis aujourd’hui on va être obligé de capter le méthane ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant donc vous allez avoir un coût beaucoup plus élevé puis aux États-Unis vous avez des actions en réparation et les compagnies pétrolières elles vont payer pour les dommages immenses qu’elles on causé et donc c’est maintenant que la facture va venir, mais ça c’est un détail, mais vous allez avoir une difficulté de rentabilité des énergies renouvelables, précisément parce que vous allez avoir pendant un court moment une énergie qui va être probablement moins chère, ça c’est vrai mais avec des conséquences irréversibles ou très chères que nous allons payer après donc je ne suis pas sure que ce soit notre intérêt. Moi je suis fermée à rien, là où je ne suis pas d’accord, c’est quand on a des dés pipés, qu’on arrive pas à avoir des évaluations économiques correctes, des avantages et des inconvénients des différentes solutions.

2:04:58 MV : Mais, a t-on une évaluation scientifique, je pose la question sans malice, correcte ? Parce que on entend bien, absolument, ceux qui disent c’est très dangereux, voilà, et on en entend d’autres, alors, est-ce qu’ils sont soumis à des lobbys ou pas, je n’en sais rien mais on entend

BC : Mais pourquoi les premiers ne seraient pas aussi soumis à des lobbys ?

CLP : parce qu’ils ne cherchent pas d’argent

MV : … dans le Monde disait qu’il est possible d’exploiter je cite, proprement le gaz de schiste moyennant de gros investissements technologiques, il a rajouté, voilà, le jeu en vaut la chandelle a t-il affirmé.

CLP : Écoutez, moi j’en sait rien. On a auditionné beaucoup de gens au parlement européen puisque moi je suis rapporteur sur le texte sur les gaz de schiste, je peux vous dire qu’on est en face d’un lobbying absolument démentiel

BC : Mais il y a un lobbying des deux côtés, il y a un lobbying de l’éolien qui est très efficace aussi, hein

CLP :…

BC : Ah oui, hein

CLP : Il est beaucoup plus petit et je peux vous dire qu’ils se font beaucoup moins entendre que les autres et ils ont beaucoup moins de moyens

BC : Auprès des médias je peux vous dire que c’est assez équivalent

CLP : Peut être mais auprès des députés c’est pas de même niveau et donc pour l’instant on est entrain d’essayer de nous empêcher

MV : en tout cas ils ont fait du lobbying pour éviter André de Margerie ici et il n’est toujours pas venu

CLP : de nous empêcher de passer une législation, parce que voyez vous s’il y avait une législation, le minimum c’est qu’il y ait une étude d’impact, c

BC : Vous demandez quoi précisément qu’on comprenne bien, sur la question

CLP : une législation

BC : sur la question de la sûreté, de la sécurité

CLP : bon, et bien, à minima, mais je maintiens et je le redis parce que pour moi c’est essentiel, c’est rétrograde parce que l’on fait de la régression par rapport à une société post-pétrolière, pour moi, ça c’est majeur. Mais admettons qu’on aille dans cette direction là

BC : voilà !

CLP : Minimum : une étude d’impact, obligatoire au départ, un système de responsabilité illimité, pour tous les dommages causés et une obligation d’assurance

BC : C’est l’avocate qui parle

CLP : C’est le juriste

BC ; Le juriste, oui

CLP : Parce que c’est très facile d’aller cochonner et j’emploie un mot poli une région entière et ensuite de dire je suis en faillite et débrouillez vous, c’est ce qu’on eu avec Metaleurop, c’est ce qu’on a avec beaucoup de raffineries de pétrole, de sociétés de raffineries de pétrole qui vendent à des filiales ou d’autres sociétés qui n’ont pas un centime qui exploitent pendant un an, elles sont en faillite, et personne ne paie sauf vous et moi. Donc ça suffit. Par voix de conséquence, si on avait un système comme cela, c’est responsabilité illimitée et garanties financières qui vont avec. Et bien je vous assure que le coût il sera d’une autre nature que ce que l’on nous raconte aujourd’hui.

MV : Frédéric Métézeau

FM : Oui, Corine Lepage, deux éléments pour nourrir le débat : avant hier mardi, la plus grande centrale solaire a été mise en service en Lorraine par EDF, donc de l’argent public et dans votre tribune publiée dans le Monde ce même jour, mardi « gaz de schiste a ses lobbyistes » vous écrivez « si le gaz de schiste présente un enjeu stratégique pour la France, alors la recherche et le recensement public des réserves ne peut se faire que par l’état ». EDF d’un côté, l’état de l’autre, est-ce que cela veut dire que la politique énergétique et l’action énergétique doivent revenir dans le giron de l’état et pas dans des sociétés privées que ce soit une énorme boite ou une PME ?

2:07:53 CLP : Je vais vous dire ? Ce qui me fait peur dans l’affaire de l’exploration. Moi je comprend bien qu’on dise on veut savoir, c’est logique

MV: Donc c’est bien la question de l’exploration

CLP : Oui, le problème c’est que, en droit quand vous avez un droit d’exploration vous avez derrière un droit d’exploitation, c’est comme cela que ça marche, il n’y a plus d’appel à la concurrence, c’est terminé. C’est à dire qu’il suffit de délivrer des permis d’exploration à toute une série de gens, ils peuvent geler les terrains pour des années et des années et de toute façon ils auront l’exploitation derrière. Donc ça c’est pas possible donc c’est la raison pour laquelle, parce que je ne suis pas quelqu’un qui suit pas fermé, j’essaye encore une fois, … C’est pas politicien, le choix entre industrie et politicien, non, c’est quel est l’intérêt général des français. Donc si c’est ça je pense que la recherche c’est à l’état de la faire, alors ensuite qu’il la contrôle, qu’il la fasse pas nécessairement directement mais qu’il la contrôle de manière qu’il n’y ait aucun droit de nature patrimoniale sous quelque forme que ce soit qui soit donné à qui que ce soit tant que l’on ne sait pas ce que l’on fait.

ABQ : Mais alors, comment est-ce que l’état va inciter les entreprises à travailler à fond perdu ?

BC : C’est une façon de fermer la porte de dire ça, hein, c’est une façon de dire puisque personne n’y aura intérêt personne ne le fera, hein, c’est une façon de fermer

CLP : Non, bah heuh, ça peut être une négociation autour effectivement du code minier de la manière dont on rémunère un simple permis de recherche pour savoir si il y en a ou s’il n’y en a pas. Mais je crois que c’est quelque chose de très très important.

2:09:12 BC : Je voudrais revenir à l’économie parce que ça me paraît fondamental. Il faut comprendre qu’aujourd’hui si les États-Unis sont en train de se réindustrialiser et c’est une des raisons pour lesquelles Obama a été élu, c’est précisément que les industriels américains aujourd’hui paient leur énergie deux fois et demi moins cher que nous

CLP : c’est vrai, c’est vrai

BC : hors les allemands la payent beaucoup plus cher et c’est pas sans rapport avec leur transition énergétique. Il faut savoir qu’aujourd’hui effectivement vous avez raison le solaire, l’éolien et l’hydraulique représentent 20 % de la consommation allemande d’électricité contre 17 % l’année précédente. Bon 20 % c’est pas mal, l’objectif est de 35 %

CLP : Ils viennent de 6 ou 7, hein, ils viennent de très très loin.

BC : c’est vrai, c’est vrai mais en attendant la facture énergétique allemande est devenue tellement considérable que les industriels allemands s’inquiètent beaucoup de la traduction en terme de compétitivité de l’industrie allemande. Nous même qui avons un super problème de compétitivité bien plus grave que celui des allemands est-ce que nous pouvons de ne pas exploiter nos ressources énergétiques qui nous permettraient de faire baisser la facture de nos industriels.

CLP : On a une électricité qui est très bon marché en France.

BC : C’est vrai. Grâce au nucléaire.

CLP : Oui, grâce au nucléaire mais elle est très bon marché. Qu’on paie pas notre prix, ça c’est une autre affaire, mais juste un mot pour dire, vous parlez des entreprises, juste un mot pour les particuliers, le ménage allemand paie le kW/h beaucoup plus cher que le ménage français mais paie une facture qui est moins chère que la facture du ménage français parce que l’efficacité énergétique en Allemagne c’est 35 % supérieur à l’efficacité énergétique en France.

ABQ : Pour que le tableau soit complet, le ménage allemand paie son énergie beaucoup plus cher que l’entreprise allemande. Donc ça m’amène à la question : en France qui doit payer la transition énergétique ? Le gouvernement vient d’annoncer qu’il va y avoir une fiscalité écologique qui va arriver. Qui doit payer ça ? Est-ce que ce sont les ménages, avec un risque sur leur pouvoir d’achat ou est-ce que ce sont les entreprises avec un risque sur la compétitivité ?

MV : François Hollande a dit que cette transition devait conduire la France à devenir une société sobre en carbone à l’horizon 2050.

 

Il ne sera plus question de gaz de schiste pendant le reste de l’émission…

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2 thoughts on “Prend le gaz de schiste et tire toi”

  1. Merci beaucoup pour cet article qui démontre une fois de plus que, bien plus que la raison, c’est la connerie qui gouverne… Il est édifiant de voir à quel point l’égoïsme de nos élites est aujourd’hui aussi massivement partagé par toute une frange de la population française qui préfère concentrer ses efforts sur la sauvegarde de notre modèle économique, si délétère soit-il pour notre environnement et les pays que nous gangrenons, et sur cette bonne vieille croissance qui nous permet de consommer jusqu’à plus soif. Je ne sais plus si je dois en rire ou en pleurer…

  2. Bonjour,

    Pourtant, nous avons affaire à deux grands professionnels :

    – Marc Voinchet, dont la diction étonne même les Anglais (Christophe) et dont on se demande toujours quelle est sa légitimité à ce micro ;
    – Brice Couturier, ex-rédacteur en chef du magazine Lui, est parfaitement qualifié pour tenir les discours qui sont les siens.

    Nous vivons une triste époque.
    Merci de votre billet qui nous tient éveillés ! :)

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