Un demi siècle

J’ai cinquante ans depuis dimanche et me propose de faire un rapide survol de ces cinq décennies…

1958

Je suis né en au Raincy en 1958 mais n’ai pu rester que quelques mois dans cette commune du “neuf trois” qui s’appelait encore Seine et Oise : mes parents louaient un meublé chez une vieille dame qui ne supportait pas les enfants et nous a expulsé peu après ma naissance.

Les effets du baby boom se faisaient encore cruellement sentir et nous avons du revenir habiter chez mes grands parents dans un petit deux pièces pendant plusieurs années avant de pouvoir trouver un appartement dans un HLM.

1958 c’est aussi (entre autres) :

1968

Un matin de printemps je découvre que les portes de l’école primaire Jean Jaurès de Villeneuve la Garenne dans laquelle je suis élève en classe de CM2 sont verrouillées par de grosses chaînes. Une affiche nous informe que l’école est fermée jusqu’à nouvel ordre et je rentre chez moi.

J’apprécie beaucoup ces vacances imprévues pendant lesquelles nous suivons fébrilement les informations à la radio et où tout le monde discute politique et se prend à refaire le monde. Peu de temps après, c’est au tour de mon père de rentrer à la maison. Je n’ai jamais compris s’il faisait grève ou s’il avait simplement été empêché d’aller travailler, mais le laboratoire de Saint-Gobain dans lequel il travaille est lui aussi fermé.

L’essence se met ensuite à manquer et nous redécouvrons un monde sans voiture où l’on se déplace à pieds et en vélo. Le temps est comme suspendu et Villeneuve la Garenne semble loin de tout.

1968 c’est aussi (entre autres) :

1978

A la fin du printemps, je passe les concours d’entrée aux grandes écoles et entreprend seul en vélo un long périple de Viarmes dans le Val d’Oise aux portes de la Picardie jusqu’à Tarragone au sud de la Catalogne.

Ce voyage me permet de tourner la page de deux années de “taupe“.

C’est en Auvergne que mon père me donne au téléphone les résultats des concours et que j’apprends que je suis accepté à l’Ecole Centrale de Paris et je profite pleinement de ces moments de liberté avant une orientation que j’ai choisi par défaut de vocation.

En seconde, j’avais essayé en vain de convaincre mes parents de quitter la région parisienne pour reprendre une ferme dans les Cévennes et avais ensuite caressé l’idée de devenir menuisier mais avait fini par me laisser guider par mes professeurs vers une voie plus conforme à mes “capacités”.

C’est à l’Ecole Centrale que je rencontrerai deux ans plus tard ma femme Catherine et le bilan des trois années que j’y passerai ne sera donc pas entièrement négatif mais j’aurai du mal à supporter le discours dominant nous répétant à longueur de temps que nous étions l’élite de la jeunesse française.

Ma réaction à ce matraquage consistera dans un premier temps à me réfugier au CTI (Centre de Traitement Informatique) dans lequel nous programmions un vénérable Iris 45 au moyen de cartes perforées avant de me consacrer au journal de l’école, le PI (Piston Information) dans lequel j’exposais mes idées de manière aussi polémique que violente.

1978 c’est aussi (entre autres) :

1988

Après trois ans d’études à l’Ecole Centrale et dix huit mois de travail pour le CNRS dans le cadre du service national dont un an passé à l’île Amsterdam, je suis entré dans la vie “active”. J’ai travaillé pendant cinq ans chez TRT, une filiale du groupe Philips.

J’ai beaucoup hésité avant de quitter le CNRS où je travaillais sur la mesure du taux de CO2 dans l’air et où le problème de réchauffement climatique était déjà bien connu, mais le laboratoire dans lequel je travaillais n’embauchait en moyenne d’une demi chercheur par an et il m’aurait fallu faire au moins trois ans d’études pour obtenir un DEA et un doctorat payé en dessous du SMIC avant d’avoir une chance sur deux d’intégrer l’équipe… J’ai donc cédé à la facilité en acceptant une des offres d’emplois qui nous arrivaient de manière quasiment spontanée à notre sortie de l’école.

Je me suis bien intégré chez TRT et trouvais mon travail plutôt intéressant mais je ne me sentais pas bien à ma place dans une société de cette taille et en janvier 1988 je rejoins Anator, une petite société indépendante d’une vingtaine de personnes.

Je suis marié avec Catherine, nous avons deux enfants de un et trois ans et nous vivons rue Ginoux, dans le 15ème arrondissement de Paris.

1988 c’est aussi (entre autres) :

1998

Après deux petites entreprises, Anator et Esterel, j’ai rejoint Sybase en 1993 et au début 1998, j’y suis responsable européen du support de deuxième niveau de la gamme serveurs de données.

Bien qu’étant plutôt allergique aux grands évènements sportifs, il m’est difficile d’ignorer la coupe du monde cette année là : l’architecture informatique de son système de gestion utilisait beaucoup de produits Sybase et mon équipe aurait été en première ligne en cas de problème technique.

Il faut donc organiser les astreintes et le fonctionnement du support technique 24 heures sur 24 en utilisant le réseau de support “follow the sun” permettant de mobiliser des équipes Sybase se relayant sur tous les continents.

En marge de toute cette excitation, il faut gérer des tâches moins prestigieuses : Sybase qui a été pendant un temps la société croissant le plus vite sur le Nasdaq paie le prix de sa stratégie de croissance forcenée. Le mot d’ordre “get big fast” s’avère insuffisant sur le long terme, le chiffre d’affaire se met à stagner et chaque manager doit donner des noms pour le prochain plan social.

Je décide de tenter ma chance et à l’automne 1998, j’ajoute mon nom sur la liste ce qui me permet aussi de ménager mon équipe…

Chez Sybase, j’ai découvert Internet et les logiciels libres. J’ai aussi beaucoup aimé l’ambiance et le travail du support technique et j’essaye d’abord de lancer une société de support technique autour des logiciels libres.

Mon idée est de proposer aux grands comptes des contrats de supports similaires à ceux qu’ils souscrivent auprès des éditeurs de logiciels classiques et portant sur l’ensemble des logiciels libres qu’ils utilisent. Je suis convaincu que l’absence d’une telle offre freine l’adoption des logiciels libres et que l’arrivée d’internet permet de faciliter les communications avec les clients et avec les développeurs et donc de réduire les coûts.

Puisque le projet se nourrira du développement des logiciels libres qu’il favorisera à son tour, je l’appelle Amphyprion en référence au poisson clown de la famille des amphiprioninae qui vit en osmose avec son anémone.

Avec deux complices, je pars à l’assaut des sociétés de capital risque et la première que nous contactons semble intéressée. Nous discutons assez longuement avec elle avant qu’elle nous dise qu’elle ne donnera pas suite parce que notre projet semble manquer d'”effet de levier”. Nous sommes avant l’éclatement de la bulle internet et les capitaux risqueurs cherchent des niveaux de gain qu’une société de service ne peut pas assurer!

Après ce premier revers, mes deux acolytes se découragent et trouvent un homme miracle, un investisseur prêt à financer le projet à ses débuts et à en prendre la direction, ce qui m’enchante moins. Ne voyant pas ma place dans le projet tel qu’il se redessine, je les laisse poursuivre créer open care sans moi.

Après cette péripétie, je me tourne vers une activité plus classique de conseil et crée Dyomedea au début de l’année 1999.

Catherine et moi avons maintenant quatre enfants de cinq, huit, onze et treize ans. Nous habitons toujours dans le 15ème arrondissement mais nous avons déménagé rue Edgar Faure.

Nous avons acheté une maison de campagne aux Préaux en 1994 lorsque nous nous sommes aperçus que nos enfants étaient ébahis quand ils voyaient une vache. Nos week-ends sont donc consacrés au jardinage et nous entreprenons de planter des arbres fruitiers sur le terrain de 1,7 ha qui l’entoure.

L’effet sur la santé des enfants est surprenant : depuis que nous les emmenons régulièrement à la campagne, la plupart des maladies bénignes qu’ils avaient auparavant disparaissent et le rythme de nos visites chez le pédiatre diminue fortement!

1998 c’est aussi (entre autres) :

2008

Après “du côté de” un projet de site web de quartier pour lequel je n’ai pas réussi à trouver de modèle économique viable, j’ai développé une activité de conseil et de formation autour des technologies XML et suis rapidement devenu un expert international reconnu dans mes domaines d’excellence.

Cela va faire dix ans que je travaille comme indépendant et c’est Catherine qui décide de franchir le pas et de quitter Renault pour créer sa société. Cherchant un projet qui soit utile à l’amélioration de la condition humaine et à la protection de la nature, elle décide de créer un magasin de produits biologiques et rejoint le réseau Biocoop dont elle partage les valeurs éthiques.

Le magasin a ouvert ses portes le 20 août et le succès est au rendez-vous puisque tous les objectifs ont été largement dépassés et Catherine a ainsi pu créer une dizaine d’emplois directs.

Il fait partie d’une démarche plus large et nous voulons réorienter notre vie pour être plus proches de la nature et plus respectueux de l’environnement. Le magasin se double ainsi d’une activité de production de fruits : ceux de notre maison de campagne dont le verger est maintenant certifié AB et labellisé Nature & Progrés et à terme ceux d’un second verger que nous avons acheté et commencé à planter au printemps.

Je me suis également lancé dans l’apiculture sous l’impulsion de notre fils cadet et nous avons des ruches depuis 2004.

Il faut donc que j’arrive à trouver un équilibre entre mes activités de conseil et de formation et mes nouvelles activités dans nos vergers qui demanderont de plus en plus de travail à mesure que les arbres grandiront et au magasin dans lequel je ne travaille pas à plein temps mais aide ponctuellement, notamment pour ce qui est de l’informatique et du site internet.

Lorsque nous ne sommes pas à la campagne, nous habitons toujours dans rue Edgar Faure.

2008 c’est aussi (entre autres) :

Share and Enjoy:
  • Identi.ca
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Twitter
  • Add to favorites

13 thoughts on “Un demi siècle”

  1. Bonjour Erik,

    Merci pour ton message, mais tu m’inquiètes un peu en parlant de palmarès ;) !

    J’ai cherché à écrire ce billet d’une manière certes personnelle mais également aussi dépourvue de jugement de valeur que possible et espère au contraire ne pas donner l’impression de quelqu’un béatement content de tout ce qu’il a fait…

    Amicalement,

    Eric

  2. Merci Jean-Marie!

    Les anniversaires ne changent pas grand chose et je m’y fais effectivement plutôt bien.

    J’espère tout de même que le sentiment qui m’est venu à cette occasion d’une certaine urgence à faire ce qu’on a gardé pour “quand on sera grand” persistera :) …

    Eric

  3. Passionnant, on voit beaucoup d’exemples de réussite dans le monde du web sans savoir comment ces gens y sont arrivés ! Et aussi par quels demis-échecs ils sont passés.
    Quels conseils donneriez-vous aux milliers de jeunes informaticiens qui aimeraient eux aussi sortir du système SSII, grandes entreprises, etc… On s’ennuie :-) !

  4. Nico,

    Je ne sais pas dans quelle mesure la recette que j’ai utilisé est généralisable, mais je la divulgue volontiers…

    J’ai simplement cherché à être visible sur internet dans le domaine qui m’intéressait. Pour cela, j’ai beaucoup publié en français comme en anglais sans chercher de rentabilité à court terme mais pour apprendre (chaque article ou réponse sur une liste de discussions est une occasion d’apprendre quelque chose) et augmenter ma “surface” sur le web.

    Ensuite la magie du web a fonctionné et me permet de pratiquer un marketing que je qualifie de pêche (j’attends principalement que l’on me contacte pour me proposer des missions) par opposition à des stratégies commerciales plus agressives (de type “chasse”) qui me conviennent moins bien.

    Ceci dit, cette indépendance à un prix et il faut savoir accepter de devoir tout faire soi même et de me plus compter sur un salaire qui tombe à coup sur chaque fin de mois!

    Eric

  5. Eric,

    Forgive me for intruding (and a belated Happy Birthday to you!). Now for something completely different …

    In the context of a project to build an all-singing, all-dancing bibliography formatting system (the Citation Style Language [CSL] created by Bruce D’Arcus), we have been discussing the display and sorting of personal names in bibliography listings. Your name has come up (literally) , and I wonder if you could confirm a point about your own preferences concerning the handling of your name in bibliographies. The key point concerns sort ordering. Which of the following sorts would you consider to be correct?

    == Option 1 ==
    van Huisen, Tanja
    van der Vlist, Eric
    van Vleeck, Tielman
    van Voorst, James S.

    == Option 2 ==
    van Huisen, Tanja
    van Vleeck, Tielman
    van der Vlist, Eric
    van Voorst, James S.

  6. Frank,

    This is a tough question because, as Bruce mentioned, I am French and have a Dutch name and the rules to sort compound names are different in France and in Holland.

    Dutch people would consider “van” and “der” as particles and sort my name on “Vlist” (option 2) but French people don’t recognize them as such and I am more accustomed to option 1…

    American people seem to be the only ones to care enough to ask! I have been asked the same question by the Library of Congress when they’ve indexed my first book and I really appreciate it!

    Thanks,

    Eric

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Enter your OpenID as your website to log and skip name and email validation and moderation!