Mangez vos mauvaises herbes

Si la promotion assurée à son insu par la DGCCRF a sorti l’ortie de l’ombre et contribué à réhabiliter cette plante y compris dans ses usages alimentaires, beaucoup d’autres “mauvaises herbes” sont non seulement comestibles mais également délicieuses.

Comme Catherine l’a déjà mentionné, nous consommons régulièrement la consoude qui pousse près de la rivière qui coule en bas de notre verger et ce week-end j’ai essayé de consommer d’autres plantes sauvages qui se sont révélées tout aussi délicieuses.

Il existe beaucoup de livres consacrés aux plantes sauvages comestibles ou aux légumes oubliés (beaucoup de nos mauvaises herbes sont en effet des légumes anciens passés de mode) et nous en avons plusieurs dans notre bibliothèque mais j’ai préféré me munir de l’encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf que je n’avais encore jamais utilisée de cette façon.

J’ai suivi en septembre 2007 la formation de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices organisée par le GRAB-HN et n’ai pas manqué d’utiliser ce guide pour évaluer les terrains que nous avons eu l’occasion de visiter mais je n’avais pas encore tiré parti des indications sur l’usage culinaire de ces plantes. C’est maintenant chose faite…

J’ai commencé par une plante que je connaissais déjà. Une affreuse mauvaise herbe connue sous le nom de “laiteron” que j’avais eu l’occasion de goûter à l‘île Amsterdam. Les ouvriers Réunionnais qui hivernaient avec nous n’avaient pas leurs pareils pour tirer parti des ressources naturelles de l’île et ils nous avaient appris à utiliser cette plante pour parfumer les plats de riz. Depuis, je m’étais rangé à l’avis général et avais réappris à considérer cette plante qui ressemble à un chardon mâtiné de pissenlit comme “mauvaise”…

Gérard Ducerf affirmant que cette plante est comestible crue, j’ai essayé des salades composées constituées de laiteron et d’autres plantes sauvages.

Il n’y a plus beaucoup de laiteron dans notre verger et dans la mesure où ce sont des plantes indicatrices “d’engorgements en eau et en matière organique provoquant des hydromorphismes et des anaérobioses” je ne m’en plaindrai pas! J’ai tout de même trouvé deux beaux pieds, l’un qui est vraisemblablement un laiteron rude (sonchus asper) et l’autre un laiteron des champs (sonchus arvensis).

Leurs feuilles sont fermes, un peu dures et légèrement amères. Elles sont également légèrement épineuses sans aller jusqu’à piquer la langue ou le palais.

Pour les accompagner, j’ai aussi cueilli :

  • des feuilles de pissenlit qui sont un peu plus amères que le laiteron en cette saison,
  • des feuilles d’épilobe hirsute (epilobium hirsutum), une autre “mauvaise herbe” que nous avons tendance à arracher parce qu’elle se montre volontiers envahissante et dont les feuilles un peu duveteuses se révèlent avoir un goût proche de celui de la mâche,
  • des feuilles de petite oseille (rumex ocetosella) au goût agréablement acide,
  • du mouron blanc (stellaria media) au goût très fin,
  • de jeunes feuilles de plantain lancéolé (plantago lanceolata) au léger goût de champignon,
  • des fleurs d’églantine (rosa canina) au goût fruité et sucré
  • des fleurs de pâquerette (bellis perennis).

J’ai essayé plusieurs combinaisons qui se sont avérés aussi bonnes les unes que les autres accompagnées d’huile d’olive et de vinaigre de miel…

Le très léger goût de champignon des jeunes feuilles de plantain m’a donné envie d’essayer autre chose et j’ai tenté une omelette au plantain qui a été un véritable régal.

Que retenir de tout cela?

Tout d’abord, bien entendu, que nos jardins regorgent de ressources culinaires qui poussent naturellement et attendent que nous les cueillons.

Mais ce qui m’interpelle le plus c’est la manière dont nous avons non seulement oublié ces ressources et préféré acheter dans des magasins ce qui pousse naturellement (ce n’est qu’un des nombreux exemples de “marchandisation” de la nature) mais également été poussés à les détruire en utilisant au besoin des herbicides de synthèse plus dangereux les uns que les autres. Nous avons été véritablement conditionnés pour être non seulement des consommateurs mais également les complices de ce processus.

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4 thoughts on “Mangez vos mauvaises herbes”

  1. Merci Eric pour ce témoignage. Le problème étant peut-être la pollution invisible des sols qui pourrait faire que les plantes que tu manges sont pleines de métaux lourds ou autres…

    Cependant, j’imagine qu’en quantités limitées, l’effet doit être négligeable (et compensé par le côté agréable).

    Je te renvoie aussi à Into The Wild : il faut être sûr de ce qu’on ramasse…

  2. Bonjour Olivier,

    Dans le cas présent, ces plantes ont été ramassées dans notre verger certifié AB et contrôlé par Ecocert et cela réduit les risques.

    Gérard Ducerf signale également dans son livre les plantes qui concentrent les métaux lourds pour lesquelles il faut être encore plus vigilant, et tu as tout à fait raison, il faut être sûr de ce que l’on ramasse!

  3. Bravo pour cet article, Éric. J’ai cru reconnaître du laiteron des champs sur mon balcon (j’apprécie un peu d’herbes folles au milieu des espèces méditerranéenne que j’ai bouturées), mais je lis sur la notice que tu mentionne “Rare dans le Midi ” — alors j’ai comme un doute… Le goût de ces feuilles est très acide… Je vais goûter sans tarder aux pâquerettes. Et je vais me renseigner pour les quelques essences qui poussent dans mon bac : griffes de sorcières, apténia, plus diverses plantes que je n’ai pas encore identifié (dont une extrêmement odorante qui fait vraiment envie :)

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