Insaisissables identités numériques

J’ai passé un après midi passionnant à l’atelier “Apparaître, paraître, disparaître” organisé par la Fing.

Les exposés de Dominique Cardon, Philippe Rigaut, Arnaud Belleil et Pascal Levy-Garboua étaient intéressants et, combinés à la discussion qui a suivi, cela me confirme qu’en matière d’identité numérique je dois faire figure de dinosaure puisque je m’obstine à entretenir une seule et même identité numérique et à la rattacher à mon identité physique par des artifices tels que mon éternel tee-shirt XMLfr!

Plutôt que d’essayer de faire un compte rendu qui ferait double emploi avec celui que devrait publier la Fing, je préfère retranscrire ici quelques réflexions qui me sont venues alors que je rentrais chez moi.

Ces discussions ont mis en lumière un besoin de mieux définir la notion d’identité numérique.

Alors que j’ai tendance à considérer mon identité numérique comme la somme de tout ce que l’on trouve à propos de moi sur le web, il m’a semblé que beaucoup de personnes considèrent une identité numérique comme un « compte » sur un site Web. Ainsi, quand il a été question de savoir combien d’identités numériques chacun d’entre nous possédait, il a semblé naturel de compter le nombre d’applications sur lesquelles nous avons créé des comptes.

Michel Desbois a fait remarquer que les choses n’étaient pas si simples et que l’on pouvait avoir plusieurs comptes et donc plusieurs identités sur une seule application.

Certes, mais on peut également, ce qui est mon cas, être dans la situation inverse et avoir une seule et même identité numérique sur plusieurs applications et même sur le Web en dehors de ces applications. Partager une même identité numérique sur plusieurs applications est assez simple : il suffit d’utiliser le même nom ou pseudonyme et de créer des liens entre ces applications.

Quelque soit le rayonnement des grandes applications Web 2.0, il me semble également très important de prendre en compte ce qui est publié sur le Web en dehors de ces applications.

Je suis consultant indépendant et mon identité numérique est ce qui me sert d’action marketing. C’est quelque chose que je constitue patiemment depuis 1999 et j’ai tendance à considérer qu’elle est trop importante pour en confier plus que des bribes à ces sites.

Certains de ces sites ont des conditions d’utilisation qui leur permettraient s’ils le souhaitaient de l’exploiter sans mon accord et d’autres peuvent y ajouter des publicités qui pourraient être contre productives.

De plus et cela semble encore plus important, je ne suis pas certain de pouvoir leur faire confiance pour assurer la pérennité de mon identité électronique.

Depuis 1999, bien des services que l’on croyait immuables ont disparu, ont changé de formule ou ont été achetés par d’autres sociétés.

J’ai écris récemment deux articles l’occasion du huitième anniversaire de XMLfr et du dixième anniversaire de XML et ai eu l’occasion de faire quelques recherches de ressources Web ayant huit ou dix ans. Certains jouent remarquablement le jeu et c’est le cas par exemple de Yahoo! qui assure toujours la redirection des URIs des messages egroups.com vers le même message sur yahoogroups.com. J’espère que ce sera également le cas si Yahoo! est acheté par Microsoft mais la plupart des liens ont disparus, y compris des liens de billets postés sur les blogues O’Reilly.

Si j’avais utilisé plus massivement les services offerts en 1999 ou 2000, beaucoup des documents que j’ai produit à cet époque et qui constituent aujourd’hui mon identité numérique auraient disparu.

Aussi paradoxal ou prétentieux que cela paraisse, je pense donc prendre moins de risques en gérant mon identité numérique en dehors des grands sites Web 2.0!

Ceci dit, aussi simple soit elle, ma définition de l’identité numérique comme étant l’ensemble des informations disponibles sur une personne ou un pseudonyme ne va pas sans poser problème…

J’ai la chance d’avoir un nom suffisamment peu répandu pour que l’on puisse facilement repérer sur le Web ce qui fait partie de mon identité numérique. Les choses ne seraient pas si simples si j’avais un nom beaucoup plus courant, ou pire, si j’avais le même nom de quelqu’un de beaucoup plus connu. Dans ce cas, comment définir les contours de mon identité numérique?

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2 thoughts on “Insaisissables identités numériques”

  1. Merci Eric de ce riche retour sur l’atelier, préparé avec Charles Népote. En effet, la question du vocabulaire commun nous interroge, surtout sur des termes fourre tout comme peut l’être identité numérique.
    En fait, il semble qu’il ne puisse y avoir une seule définition, mais plutôt plusieurs, charge à nous d’expliciter ce que nous voulons mettre dedans et de l’assumer.

    En début de programme, à ce stade du programme, voilà ce que nous mettons dedans (mais il faudra sans doute converger encore) :
    – Les données d'”attention” et autres traces (données perso., logs, historiques de navigation, etc.)
    – Les expressions de soi au travers de blogs, échanges en ligne, réseaux sociaux, etc. ;
    – La “présence” et la localisation (joignabilité, disponibilité, etc.) ;
    – Le regard des autres ;
    – L’existence collective, appartenances, projets, reconnaissances, participations…

    A suivre donc …

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